Le temps d’un week-end, Bobigny rouvre les portes de l’une des œuvres les plus singulières de son patrimoine. À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, dont la 43e édition se tient les samedi 19 et dimanche 20 septembre, le Département de la Seine-Saint-Denis propose de redécouvrir la Bourse départementale du travail, bâtiment signé Oscar Niemeyer et propriété de la collectivité. Une visite guidée y interroge même, dès son intitulé, l’idée d’une nouvelle « Maison du peuple ».
Disparu en 2012, l’architecte brésilien demeure l’une des grandes figures du XXe siècle. On lui doit les édifices majeurs de la capitale Brasília, la participation à la conception du siège des Nations unies à New York, ou encore le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien à Paris. La Bourse de Bobigny compte parmi ses rares réalisations françaises, ce qui en fait un jalon peu commun de l’histoire de l’architecture en Seine-Saint-Denis, un territoire que l’on associe plus volontiers à son passé industriel qu’à la signature d’un maître de l’architecture moderne.
Inauguré le 2 mai 1978, l’édifice joue sur un contraste assumé. À la rigueur et à la sobriété de la tour de bureaux répond le lyrisme de l’auditorium, dont la silhouette courbe et blanche est souvent comparée à une « mouette » ou à un albatros prêt à s’envoler. Cette audace formelle lui a valu d’être classé au titre des monuments historiques en avril 2007, reconnaissance de sa valeur patrimoniale bien au-delà de sa vocation syndicale et sociale d’origine. Le bâtiment, toujours en activité, n’est donc pas figé dans le passé.
Pendant les deux journées, des visites guidées gratuites permettent de parcourir l’ensemble et d’en comprendre la genèse, de la commande passée à Niemeyer jusqu’à la construction. L’accès se fait sur réservation, dans la limite des places disponibles, et le parcours s’adresse à un public à partir de douze ans. Les guides du Département reviennent sur le geste de l’architecte, sur les matériaux, les courbes et la lumière, mais aussi sur la place de cet édifice dans une ville qui est aussi la préfecture de la Seine-Saint-Denis.
L’édition 2026 des Journées du patrimoine met à l’honneur, à l’échelle nationale, le patrimoine photographique – la photographie fête ses deux cents ans – ainsi que le patrimoine en péril, invitation à protéger et à réinventer les lieux fragilisés. Deux fils qui résonnent avec l’histoire de la Seine-Saint-Denis, riche d’un bâti souvent méconnu et parfois menacé. À Bobigny comme ailleurs dans le département, la démarche dépasse le seul week-end de découverte : elle vise à faire mieux connaître une richesse architecturale et mémorielle longtemps restée dans l’ombre.
Les curieux peuvent aussi relier deux signatures voisines du même architecte : la Bourse du travail de Bobigny et le siège du journal L’Humanité, à Saint-Denis, deux bâtiments conçus par Niemeyer à quelques kilomètres l’un de l’autre. Un rapprochement qui donne la mesure de l’empreinte laissée par le Brésilien dans le département. Comme chaque année, les horaires détaillés, les points de rendez-vous et les modalités d’inscription sont précisés dans le programme officiel des Journées européennes du patrimoine, à consulter avant de se déplacer.
Bobigny : la Bourse du travail se visite
Par Assia Bedja
Publié le 19 septembre 2026 à 09h20 – Temps de lecture : 3 minutes
