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Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018, 28 % encore actifs après cinq ans

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 13 juillet 2026 à 11h04 – Temps de lecture : 4 minutes

L’Insee a suivi pendant cinq ans les micro-entrepreneurs qui se sont immatriculés au premier semestre 2018, soit près de 400 000 personnes. Publiée dans le numéro 2118 de sa collection Insee Première, cette étude mesure ce que deviennent ces créateurs d’activité une fois passé l’élan du démarrage. Le constat est net. Fin 2023, 28 % d’entre eux exerçaient encore sous ce régime. La majorité a donc cessé son activité en moins de cinq ans, un rythme d’attrition qui distingue ce statut des autres formes d’entreprise.

Pour comprendre ces trajectoires, l’Insee a classé les micro-entrepreneurs en six profils selon leur situation avant l’immatriculation. Les salariés qui cherchaient un complément de revenu forment le groupe le plus nombreux, avec 27 % des inscriptions. Viennent ensuite les chômeurs, à 26 %, puis les étudiants, à 18 %. Les personnes éloignées de l’emploi, les créateurs du secteur de la construction et les entrepreneurs déjà expérimentés se partagent le reste. Chaque profil arrive avec ses propres attentes, et ces attentes pèsent lourd sur la suite.

Car la durée de vie de l’activité varie fortement d’un profil à l’autre. Les créateurs de la construction résistent le mieux, puisque 37 % d’entre eux restaient actifs fin 2023. Les entrepreneurs expérimentés et les anciens chômeurs suivent, autour de 35 %. Chez les premiers, une partie des arrêts tient d’ailleurs au passage à la retraite, qui a concerné 18 % d’entre eux entre 2018 et 2023, soit trois fois la moyenne. À l’inverse, les étudiants abandonnent en nombre, avec seulement 13 % encore en activité au terme des cinq ans. Ce contraste s’explique en partie par la nature du projet. Un artisan du bâtiment mise sur un métier durable, tandis qu’un étudiant teste souvent une idée en marge de ses études.

Les revenus tirés de cette activité restent modestes. En 2023, les micro-entrepreneurs encore actifs à titre principal ont dégagé un chiffre d’affaires moyen de 25 000 euros, pour une valeur médiane de 18 800 euros. Or ce chiffre d’affaires n’est pas un revenu. Après déduction des charges, l’Insee estime que le bénéfice représente en moyenne un peu plus de la moitié des sommes encaissées. Pour beaucoup, le régime sert donc d’appoint plutôt que de source unique de subsistance. Les créateurs de la construction s’en tirent le mieux, avec un chiffre d’affaires moyen proche de 30 800 euros.

Malgré ces montants limités, l’activité progresse dans le temps. Entre 2019 et 2023, le chiffre d’affaires moyen des survivants a augmenté de 27 %, alors que l’inflation atteignait 13 % sur la même période. Autrement dit, ceux qui tiennent voient leur activité se consolider en termes réels. La hausse est particulièrement marquée chez les étudiants et les salariés en complément, dont le chiffre d’affaires progresse de moitié ou davantage. Ce mouvement suggère qu’une part des créateurs franchit un cap et transforme un essai en véritable métier.

Le portrait démographique confirme la jeunesse de ces créateurs. La moitié d’entre eux avaient moins de 34 ans à l’immatriculation, et plus d’un tiers avaient moins de 30 ans. Les femmes restent minoritaires dans l’ensemble, à 37 %, mais elles deviennent majoritaires parmi les anciens chômeurs, où elles représentent 53 % des inscrits. De plus, la moitié des créateurs se lancent sans aucun investissement initial. Les besoins diffèrent toutefois selon les métiers. Dans la construction, quatre créateurs sur dix ont engagé plus de 2 000 euros au lancement, contre deux sur dix en moyenne, signe d’une activité plus exigeante en matériel.

La place des plateformes numériques mérite enfin l’attention. Fin 2023, sept micro-entrepreneurs actifs sur dix n’exerçaient aucune autre activité rémunérée en parallèle. Le recours aux plateformes reste concentré sur quelques secteurs. Dans le transport, qui regroupe notamment la livraison et le transport de personnes, près de deux tiers des professionnels passent par ces intermédiaires. Ailleurs, le phénomène demeure marginal.

Au fond, l’étude dessine un régime à deux visages. D’un côté, il ouvre grand la porte de l’entrepreneuriat, sans capital ni formalités lourdes, et attire chaque année des centaines de milliers de personnes. De l’autre, il ne retient qu’une minorité sur la durée, et procure rarement un revenu suffisant pour vivre. Pour les pouvoirs publics comme pour les candidats à la création, ces chiffres rappellent une réalité simple. Se lancer coûte peu, mais durer suppose un marché solide et un métier qui tient dans le temps.