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Incendies dans le Var : les vignerons redoutent un goût de fumée dans leurs raisins à quelques jours des vendanges 2026

Par Ethan Hunt
Publié le 6 août 2026 à 17h31 – Temps de lecture : 5 minutes

Les flammes se sont éloignées, mais la menace persiste dans les vignes. Après les incendies qui ont ravagé plus de 6 000 hectares dans le massif du Gros Bessillon depuis le 21 juillet, les viticulteurs du centre Var affrontent désormais une nouvelle inquiétude. En effet, la fumée qui a saturé l’air pendant plusieurs semaines pourrait contaminer les raisins et rendre certains vins invendables. À quelques jours des vendanges prévues mi-août, l’incertitude règne dans les domaines viticoles.

Le phénomène porte un nom scientifique : la glycosylation. Concrètement, un contact d’une à deux heures seulement entre la fumée et les baies de raisin suffit à déclencher ce processus. Les composés de la fumée se lient alors aux sucres du raisin. Toutefois, le piège réside dans le fait que ce goût de fumée ne se révèle qu’après la fermentation. Autrement dit, les vignerons ne sauront qu’au moment de la vinification si leur récolte est exploitable ou non.

À Correns, commune la plus touchée par les incendies, Grégory Guibergia dirige le domaine Saint-Andrieu. Il s’estime relativement chanceux, car les flammes n’ont détruit que le premier rang de vignes en lisière. Néanmoins, ses 25 hectares restent menacés par la contamination par la fumée. Pour limiter les risques, il a donc décidé de pratiquer une vendange parcellaire. Cette méthode consiste à récolter et vinifier chaque parcelle séparément. L’objectif est ainsi de sauver ce qui peut l’être. Sa hantise : voir son vin déclaré impropre à la consommation et devoir renoncer à près de 90 000 bouteilles.

Dans le village voisin de Pontevès, la situation est encore plus critique. Lucie Demirdjian, à la tête du Domaine de Mercandine, a en effet perdu 11 hectares sur 18 dans les flammes. Avant d’envisager les vendanges aux alentours du 12 août, elle attend les résultats du laboratoire d’œnologie mandaté pour analyser des prélèvements. Car engager des frais de vendange serait inutile si la récolte finit à la destruction. Comme elle le résume avec amertume : le gel et la grêle, les vignerons savent gérer, mais pas l’incendie.

Depuis plusieurs jours, des prélèvements sur les baies de raisin s’effectuent autour du massif du Gros Bessillon. Ces analyses permettent de détecter en amont les précurseurs du goût de fumée. Selon le consultant œnologue Clément Prélat, les moyens de traiter cette contamination restent cependant très limités. Certaines techniques existent, mais elles s’avèrent assez brutales pour le vin. Le charbon actif peut notamment atténuer le goût de fumée sur le rosé et le blanc. En revanche, pour le vin rouge, la macération du jus rend le traitement beaucoup plus difficile.

Des viticulteurs d’Occitanie ont d’ailleurs testé ces techniques l’été dernier après le mégafeu dans le massif des Corbières. Fabien Mistre, président de la coopérative des Vignerons de Correns, s’appuie sur ces retours d’expérience. Ce vigneron bio possède 35 hectares de vignes et se dit pour l’instant confiant pour le millésime. Il attend toutefois les résultats de la vinification pour se prononcer définitivement. En termes de dégustation, il compare le goût de fumée à celui du jambon fumé. Un arôme évidemment indésirable dans un vin, surtout dans un rosé de Provence.

Par ailleurs, un problème financier majeur se dessine pour les exploitants. Les vignes détruites directement par les flammes bénéficient d’une couverture par les assurances. En revanche, les pertes liées à la contamination par la fumée ne font l’objet d’aucune indemnisation. Cette lacune place les viticulteurs dans une situation particulièrement précaire.

Au Centre du Rosé de Vidauban, pôle de recherche spécialisé dans le Var, les experts relativisent néanmoins l’ampleur du désastre. Seuls une centaine d’hectares de vignes ont subi des dommages directs, principalement sur les communes de Cotignac, Pontevès et Correns. Le département compte en effet plus de 30 000 hectares de vignoble. Sixième département viticole de France et premier producteur de rosé, le Var tire de la vigne sa première richesse agricole.

Il faut également distinguer deux types de contamination. D’une part, les parcelles touchées par le retardant, ce produit chimique rouge largué par les avions pour freiner les flammes, sont automatiquement déclarées impropres à la consommation. D’autre part, d’autres vignes produiront des vins marqués par la fumée simplement à cause de l’air saturé d’odeurs de bois brûlé. Ces vins resteront certes consommables, mais personne ne les commercialisera pour autant.

Les prochaines semaines seront donc décisives pour l’avenir du millésime 2026 dans le centre Var. Entre analyses en laboratoire, vendanges parcellaires et attente des résultats de vinification, les vignerons vivent une période d’angoisse inédite. Cet épisode met en lumière une conséquence encore méconnue des feux de forêt sur l’agriculture méditerranéenne.