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Grand Trianon : les jardins des Lumières

Par Gilbert Caron
Publié le 9 septembre 2026 à 11h50 – Temps de lecture : 4 minutes

À Versailles, le Grand Trianon accueille jusqu’au 27 septembre l’exposition « Jardins des Lumières, 1750-1800 ». Déployée dans le palais de marbre rose voulu par Louis XIV et prolongée par le jardin anglais du Petit Trianon, la manifestation entre dans ses dernières semaines : les visiteurs de la rentrée disposent encore de quelques jours pour la parcourir avant sa fermeture. Réunissant environ 150 œuvres, elle explore un moment décisif de l’histoire des jardins, celui où, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le tracé rigoureux et symétrique du jardin à la française cède peu à peu la place au jardin paysager, plus libre, plus sinueux, pensé comme un tableau que l’on traverse. Peintures, dessins, mobilier, projets d’architecture et costumes se répondent au fil du parcours pour raconter cette révolution du regard. Édifié à la fin du XVIIe siècle comme une retraite à l’écart des fastes de la cour, le palais de marbre rose forme un écrin inattendu, et pourtant idéal, pour un propos tout entier consacré à la nature et au grand air. Née en Angleterre dès les années 1730, la mode gagne la France, puis toute l’Europe du Nord, portée par une véritable anglomanie. Le propos relie l’art des jardins aux idées des Lumières et à la pensée de Jean-Jacques Rousseau, qui prônait un retour à la nature. Il éclaire le goût de l’irrégularité et du pittoresque, la place des fabriques et des folies, ces petits édifices semés dans les allées, ainsi que l’attrait pour l’exotisme, qui puise autant dans l’Antiquité que dans la Chine. L’exposition rappelle enfin les usages mondains de ces espaces, devenus lieux de promenade, de rêverie et de fêtes, et met le visiteur en dialogue avec le Belvédère, le Temple de l’Amour et le hameau de la Reine, tout proches.
Pour réunir un tel ensemble, l’établissement a bénéficié de prêts, dont une participation exceptionnelle de la Bibliothèque nationale de France, tandis que la maison Dior figure parmi les mécènes et que le fabricant de peintures Little Greene s’est associé au projet. Autour du parcours, plusieurs services accompagnent la visite : des visites guidées, un audioguide, une application mobile gratuite et un livret-jeux destiné aux enfants de 6 à 12 ans, de quoi retenir aussi l’attention du jeune public. L’exposition figure parmi les grands rendez-vous de la programmation 2026 du domaine national, qui multiplie les prêts et les rapprochements entre ses collections et celles d’autres institutions. Côté pratique, l’exposition est présentée tous les jours sauf le lundi, dans les horaires d’ouverture du domaine de Trianon. Durant la semaine du 10 au 16 septembre, elle est donc accessible du jeudi au dimanche, puis de nouveau à partir du mardi 15. L’accès se fait avec le billet « Passeport », à 35 euros en plein tarif, ou avec le billet « Domaine de Trianon », à 15 euros, qui ouvre les portes du Grand et du Petit Trianon ainsi que du hameau de la Reine ; la gratuité s’applique par ailleurs aux publics habituels des musées nationaux, notamment aux moins de 18 ans et aux jeunes adultes de l’Union européenne. À quelques encablures du château et de ses grandes eaux, le Grand Trianon offre un cadre à la mesure du sujet. C’est en effet dans ces mêmes jardins, remodelés au gré des règnes, que se sont inventés certaines des idées présentées entre ses murs. Le jardin anglais du Petit Trianon, aménagé pour Marie-Antoinette avec ses rochers, sa rivière sinueuse et ses fabriques, en offre à quelques pas l’illustration grandeur nature, comme un prolongement vivant de l’exposition. En prolongeant la visite par une promenade dans les allées du domaine, le public peut confronter les œuvres accrochées aux perspectives réelles, entre parterres réguliers et échappées plus champêtres. Une manière de refermer en beauté la saison estivale avant que la manifestation ne tire sa révérence à la fin du mois.