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Rueil-Malmaison : Eugénie revient à Rueil

Par Gilbert Caron
Publié le 20 octobre 2026 à 17h35 – Temps de lecture : 4 minutes

Le Musée d’Histoire locale invite les Rueillois à croiser le regard d’une impératrice. Jusqu’au 23 janvier, la discrète institution installée dans l’ancien hôtel de ville consacre son exposition d’automne à Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III et dernière femme à avoir porté le titre de souveraine en France. Sous-titrée « la dernière souveraine française », la présentation prolonge la veine impériale que le musée explore saison après saison, après avoir réservé de récents accrochages au Sacre de l’Empereur ou aux cadeaux diplomatiques du Second Empire.
Née à Grenade en 1826, Eugénie de Montijo n’avait a priori rien d’une future impératrice. Comtesse espagnole au parcours cosmopolite, élevée entre l’Espagne, la France et l’Angleterre, elle épouse en 1853 le prince-président devenu Napoléon III, quelques mois seulement après la proclamation du Second Empire. De cette union célébrée à Notre-Dame de Paris naît, trois ans plus tard, le prince impérial Louis-Napoléon, héritier sur lequel se concentrent aussitôt les espoirs de la dynastie. Pendant dix-sept ans, la jeune souveraine occupe le devant de la scène et impose un goût, une silhouette et une manière de rayonner qui marqueront durablement son époque.
Son influence déborde largement les salons. Fervente admiratrice de Marie-Antoinette, dont elle entretient le souvenir et rassemble les reliques, Eugénie contribue aussi à inventer la haute couture en prenant sous sa protection le couturier Charles Frederick Worth. La mode à crinoline, les fêtes de Compiègne et les grands rendez-vous diplomatiques du régime portent sa marque. En 1869, c’est elle qui préside, en Égypte, l’inauguration du canal de Suez, l’un des sommets du prestige impérial. Son goût pour les arts, sa correspondance nourrie et son engagement dans quelques causes charitables achèvent de brosser le portrait d’une personnalité bien plus complexe que la légende dorée du Second Empire ne l’a longtemps laissé croire. Derrière l’image d’une femme soucieuse de son apparence se dessine une actrice à part entière de la vie publique de son temps.
Car Eugénie exerce aussi le pouvoir pour de bon. À trois reprises, en 1859, en 1865 puis en 1870, elle assure la régence lorsque l’empereur s’absente, ce qui en fait l’une des rares femmes à diriger la France au XIXe siècle. La guerre contre la Prusse referme brutalement ce chapitre : après la défaite de Sedan et la chute de l’Empire, en septembre 1870, l’impératrice gagne l’Angleterre. Elle y vivra un long exil, frappée par la mort de son fils unique tombé en Afrique australe, et s’éteindra à Madrid en 1920, dernier témoin d’un régime disparu.
Si Rueil-Malmaison s’empare de cette figure, ce n’est pas un hasard. La ville cultive de longue date une mémoire impériale singulière, nouée autour du domaine de Malmaison, résidence de Joséphine, du château de Bois-Préau voisin et de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, où reposent la première impératrice et sa fille Hortense. Le Musée d’Histoire locale s’est fait une spécialité de ces récits, en mêlant grande histoire et patrimoine de proximité. En braquant le projecteur sur Eugénie, il déplace le regard du premier vers le Second Empire et rappelle que la saga des Bonaparte a traversé tout le siècle, bien au-delà de la seule épopée napoléonienne. Fidèle à sa vocation, l’établissement retrace l’histoire de la cité au fil de ses collections et saisit chaque exposition temporaire comme l’occasion d’un détour par une grande figure ; des visites guidées peuvent y être organisées pour les groupes, en lien avec l’office de tourisme.
La visite se déroule dans l’ancien hôtel de ville, place du 11 novembre 1918, en plein centre. Le musée ouvre ses portes du lundi au samedi, de 14h à 17 h 45, un créneau d’après-midi qui se prête aux sorties en famille pendant les congés scolaires et laisse le temps d’une découverte sans se presser. Court et situé au cœur de la ville, le format vise justement les visiteurs pressés comme les plus jeunes, à qui il offre un premier contact avec une période souvent réduite, dans les manuels, à ses seules grandes batailles. En redonnant une place à celle qui fut tour à tour régente, icône et exilée, l’équipe poursuit un travail patient de transmission, à hauteur d’habitants.