Les vitrines des commerces melunais ont changé de visage. Depuis les premiers jours de novembre, elles accueillent des œuvres signées de femmes, dans le cadre de l’exposition « Jeux de Dames : la création féminine à l’honneur ». Le titre joue avec les mots – le jeu de dames, bien sûr, mais surtout les dames qui créent – et l’intention est limpide : faire sortir l’art des galeries pour le glisser au cœur de la ville, là où passent les habitants pressés, les flâneurs du samedi et les curieux de hasard. Pendant toute la semaine de l’Armistice, le centre-ville se parcourt ainsi comme un musée à ciel ouvert, de devanture en devanture.
L’exposition se déploie en plusieurs temps et plusieurs lieux. Dans le hall de l’Espace Saint-Jean, elle se visite du 2 novembre au 13 décembre ; dans les vitrines des commerçants, du 3 au 29 novembre. Un second volet investira le premier étage du même Espace Saint-Jean à partir du 20 novembre, au lendemain d’un vernissage fixé au jeudi 19, à 20h. L’entrée est libre, et l’on peut pousser la porte du mardi au samedi, de 13 h 30 à 18h. De quoi laisser à chacun le temps de revenir, de comparer les univers et de s’attarder sur telle toile ou tel objet aperçu en passant. L’exposition se vit d’ailleurs de deux façons : dans les rues, les vitrines composent un parcours libre, à suivre au gré des courses, sans horaire ni contrainte ; à l’Espace Saint-Jean, le rendez-vous se fait plus classique, dans un lieu dédié où les œuvres se découvrent de plus près.
Derrière l’événement se tient une association à l’histoire déjà solide. Fondée en 2015 à Fontainebleau par Sophie Bruguière, l’agence artistique « Jeux de Dames » défend la création et l’art au féminin. Elle fédère aujourd’hui plus de 350 créatrices, installées pour la plupart en Seine-et-Marne et en Île-de-France. Arts plastiques, métiers d’art, photographie, littérature, musique, théâtre : les disciplines s’y croisent et se répondent, réunies par une même volonté de donner de la visibilité à des parcours de femmes que les circuits traditionnels laissent encore trop souvent dans l’ombre.
En s’associant à cette structure, la Ville de Melun poursuit un double objectif : valoriser le travail des artistes et des artisanes d’art, et faire vivre un centre-ville que l’on aimerait animé au-delà des seules heures de marché. Disséminer les œuvres dans les commerces n’est pas un simple habillage : le procédé crée un dialogue entre les créatrices et les boutiques qui les hébergent, et transforme une course ordinaire en petite découverte. Le promeneur ne sait jamais tout à fait ce qu’il va trouver derrière la prochaine devanture, et c’est précisément ce qui donne envie de lever les yeux. À chaque pas, la ville se met à raconter autre chose que ses enseignes et ses promotions, et offre au regard un détour inattendu.
Le choix du moment n’a rien d’anodin. En installant la manifestation dès le début du mois, la municipalité offre aux Melunais une respiration culturelle à l’approche des fêtes, et une raison de redécouvrir leurs rues à la tombée du jour, quand les vitrines éclairées prennent un relief particulier. Les commerçants, eux, y gagnent un peu de fréquentation et un supplément d’âme, à l’heure où le commerce de proximité cherche partout des arguments pour retenir une clientèle tentée par les écrans et les zones périphériques. Pour peu que l’on prenne le temps de flâner, la corvée du samedi matin se change alors en balade.
Melun : la création féminine prend la vitrine
Par Gilbert Caron
Publié le 2 novembre 2026 à 17h43 – Temps de lecture : 4 minutes
