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Issy-les-Moulineaux : le souvenir chemine

Par Renaud Morelli
Publié le 2 novembre 2026 à 12h07 – Temps de lecture : 4 minutes

À Issy-les-Moulineaux, le 11 Novembre ne se vit pas d’un seul endroit. Ce mercredi 11 novembre 2026, la ville commémore le 108e anniversaire de l’armistice de 1918, et le recueillement s’y déploiera, comme chaque année, en plusieurs lieux de mémoire. Le rendez-vous est fixé tôt : dès 8 h 15, c’est devant l’Hôtel de Ville que s’ouvrira la matinée, avant que le cortège ne gagne les monuments qui, aux quatre coins de la commune, portent les noms de ses enfants tombés au combat. Une cérémonie que la municipalité invite tous les habitants à rejoindre, sans inscription ni condition, du plus ancien combattant au plus jeune écolier.
La date, chacun la connaît, mais son origine mérite d’être redite. Le 11 novembre 1918, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois, les canons de la Grande Guerre se taisaient enfin. Quelques heures plus tôt, dans une clairière de la forêt de Compiègne, près de Rethondes, l’armistice venait d’être signé à l’intérieur d’un wagon, mettant un terme à plus de quatre années d’un conflit qui avait saigné le pays et vidé les villages de leurs hommes. Signé au petit matin, le cessez-le-feu entra en vigueur à onze heures précises ; partout en France, les cloches des clochers sonnèrent alors à la volée pour annoncer la fin du cauchemar. Cent huit ans plus tard, la gravité du rendez-vous n’a rien perdu de son poids.
À Issy, le souvenir refuse justement de se figer devant une seule plaque. Fidèle à une tradition bien ancrée, la commémoration chemine d’un site à l’autre : du parvis de l’Hôtel de Ville au monument aux morts du square Bonaventure-Leca, en passant par le carré militaire du cimetière communal, place du 11-Novembre. La matinée garde partout le même cérémonial : sonnerie aux morts, dépôts de gerbes, minute de silence, puis lecture du message officiel adressé aux communes. Autour des porte-drapeaux se rangent élus, anciens combattants, familles et simples habitants. Chacun peut se joindre au cortège, sans formalité : il suffit de se présenter à l’heure dite.
Le sens de la journée, lui, s’est élargi avec le temps. Depuis 2012, le 11 Novembre n’honore plus seulement les poilus des tranchées : il rend hommage à tous les « morts pour la France », quels que soient le conflit et l’époque, de la Seconde Guerre mondiale aux opérations extérieures les plus récentes. Devant les noms gravés dans la pierre, c’est donc une mémoire longue que la ville rassemble le temps d’une matinée, celle d’un siècle entier de sacrifices. C’est aussi la saison du Bleuet de France : vendue au profit des anciens combattants et de leurs familles, la petite fleur bleue accompagne depuis plus d’un siècle les commémorations de l’automne. Partout en France, le monument aux morts est resté cet édifice que presque chaque commune a tenu à élever au lendemain de 1918 ; Issy n’a pas fait exception.
Cette année, la transmission prend un relief particulier. Depuis la rentrée, chaque établissement scolaire est en effet tenu d’organiser sa propre cérémonie commémorative, dans les quatre jours qui précèdent ou suivent le 11 Novembre. Une manière d’associer plus étroitement les élèves au devoir de mémoire, à l’heure où les derniers témoins directs de la Grande Guerre ont disparu depuis longtemps. À Issy, cette mémoire combattante s’appuie aussi, de longue date, sur des associations patriotiques et sur le Souvenir français, attaché à entretenir les tombes et à faire vivre le nom des disparus. Déposer une gerbe sous les yeux d’un enfant pèse souvent plus lourd qu’un long chapitre de manuel.
Reste l’essentiel, ce mercredi matin : quelques gerbes déposées au pied des monuments, des drapeaux inclinés par les porte-drapeaux, un long silence tenu devant la pierre. À Issy comme ailleurs, le 11 Novembre n’a rien perdu de sa force, précisément parce que la ville a choisi de ne pas l’expédier en quelques minutes, mais de le faire cheminer, posément, d’un monument à l’autre.