La Ville de Paris a dévoilé, à la mi-octobre, le troisième volet de sa politique cyclable. Doté de 200 millions d’euros, ce nouveau plan doit guider les aménagements de la capitale entre 2027 et 2032. Il prévoit notamment la création de 140 kilomètres de pistes cyclables supplémentaires, l’aménagement de 220 kilomètres de doubles sens cyclables, la sécurisation de 420 carrefours et le développement des places de stationnement. La municipalité entend poursuivre la transformation de la voirie engagée depuis une dizaine d’années afin de faire du vélo un moyen de transport quotidien, tout en améliorant la sécurité de l’ensemble des usagers.
Ce programme s’inscrit dans la continuité de deux précédents plans vélo, qui ont progressivement installé les pistes cyclables dans le paysage parisien. La Ville prévoit de répartir les 200 millions d’euros entre la transformation de l’espace public, la sécurité et le stationnement. Le calendrier s’étend sur six ans et les travaux doivent être échelonnés, après des études préparatoires. La municipalité inscrit également sa politique dans l’objectif « Vision Zéro », qui vise à supprimer les décès et les blessures graves sur les routes à l’horizon 2050. Elle souhaite ainsi réduire les risques liés à la circulation automobile et apaiser l’espace public.
Le réseau cyclable parisien compte déjà plus de 1 600 kilomètres d’itinéraires, tous types confondus. Les 140 kilomètres de pistes supplémentaires doivent permettre de compléter le maillage et de mieux relier les différents quartiers. À cela s’ajouteront 220 kilomètres de doubles sens cyclables, qui autorisent les vélos à circuler dans les deux sens sur certaines rues à sens unique pour les voitures. Ces aménagements doivent raccourcir les trajets, éviter les détours et limiter la circulation des cyclistes sur les trottoirs. L’objectif est de réduire les interruptions du réseau, qui obligent parfois les cyclistes à rejoindre la circulation automobile.
Plusieurs axes sont annoncés pour une transformation dès 2027. Parmi eux figurent l’avenue Ledru-Rollin, dans le 11e arrondissement, l’avenue du Docteur-Netter, dans le 12e, l’avenue Jean-Moulin, dans le 14e, le pont de Grenelle, entre les 15e et 16e arrondissements, la rue de Rome, dans le 17e, et une partie sud de la rue des Pyrénées, dans le 20e. D’autres voies doivent entrer en phase d’études la même année, notamment les boulevards Beaumarchais, du Temple et des Filles-du-Calvaire, la rue Monge, la rue Ordener, le reste de la rue des Pyrénées et la rue d’Avron. Ces études constituent une étape préalable aux travaux.
La sécurisation des intersections représente un autre volet majeur du programme. La Ville prévoit d’intervenir sur 420 carrefours entre 2027 et 2032, dont 56 dès 2027. Elle affirme en avoir déjà traité 350 depuis 2020, dont 87 depuis 2025 et 13 au cours de l’été 2026. Pour la première année du nouveau plan, une douzaine de sites ou de groupes de carrefours sont déjà identifiés, parmi lesquels la place de Clichy, la place de la Bataille-de-Stalingrad, la porte de Gentilly et la place de la République dominicaine.
Ces aménagements doivent améliorer la visibilité entre les différents usagers, raccourcir les traversées, séparer les flux et réduire les angles morts. Les carrefours sont en effet des points sensibles où se croisent piétons, cyclistes et automobilistes. La Ville entend donc agir sur ces lieux de conflit potentiel, en complément de la création de nouvelles pistes. L’objectif affiché est de permettre aux usagers les plus vulnérables, notamment les enfants et les personnes âgées, de traverser plus facilement et en sécurité.
Le stationnement constitue également une priorité. En septembre 2026, Paris recensait 147 545 places sur arceaux dans l’espace public, dont 75 000 créées depuis 2020. La municipalité souhaite poursuivre cet effort en installant de nouveaux arceaux et en développant des solutions fermées et sécurisées, notamment pour les vélos électriques et les vélos-cargos. Quelque 4 500 places sécurisées sont déjà disponibles dans des parkings concédés, et 10 000 supplémentaires sont prévues dans le cadre de délégations de service public déjà signées.
L’enjeu est de proposer aux cyclistes des solutions pour laisser leur vélo à l’abri du vol, considéré comme un frein important à la pratique quotidienne. Les vélos de valeur, électriques ou cargos sont particulièrement concernés. La Ville compte s’appuyer sur des parkings souterrains existants et sur les futurs dispositifs de stationnement sécurisé, plutôt que de construire de nouveaux équipements. Elle souhaite aussi libérer les trottoirs, souvent encombrés par les deux-roues, afin de faciliter les déplacements des piétons.
Le plan comprend par ailleurs un volet consacré à la sécurité des piétons. En 2024, 1 061 piétons ont été blessés ou tués dans la capitale, un chiffre en baisse de 43 % par rapport à 2010. Selon les données citées par la Ville, les véhicules motorisés sont impliqués dans 64 % des accidents graves de cyclistes et dans 85 % de ceux impliquant des piétons. Les personnes âgées sont particulièrement exposées : 63 % des piétons tués ont 65 ans ou plus. Ces chiffres alimentent la volonté municipale de réduire les dangers liés à la circulation et de réorganiser le partage de l’espace public.
La Ville entend également renforcer le respect des règles. En 2025, 126 430 procès-verbaux ont été dressés pour non-respect des sas vélo, 12 409 pour circulation sur une piste cyclable et 17 780 pour stationnement sur ces mêmes pistes. Les cyclistes font eux aussi l’objet de contrôles : au premier trimestre 2026, 1 587 sanctions ont visé des infractions liées notamment à la vitesse et à la conformité des vélos, dont les modèles électriques débridés. La municipalité expérimente par ailleurs, jusqu’à la fin de 2026, des avertisseurs sonores extérieurs sur les bennes de collecte afin de signaler leurs angles morts aux usagers les plus exposés.
Enfin, la politique cyclable comporte un volet éducatif. Depuis 2021, la Ville a organisé 1 575 séances du dispositif « Savoir rouler à vélo » et formé plus de 13 300 écoliers. L’objectif est de leur apprendre non seulement à maîtriser leur vélo, mais aussi à circuler dans la rue, anticiper les situations dangereuses et partager l’espace avec les autres usagers. Alors que la pratique se développe, la cohabitation entre cyclistes, piétons, automobilistes, trottinettes et livreurs reste un enjeu important.
Avec ce troisième plan, Paris entend donc poursuivre la progression du vélo tout en répondant aux difficultés que pose son développement : continuité des itinéraires, sécurité des intersections, stationnement et partage de la voirie. Les premiers aménagements sont attendus dès 2027, mais l’essentiel du programme s’étalera sur plusieurs années. Sa réussite dépendra de la réalisation effective des travaux et de leur capacité à rendre les déplacements plus sûrs et plus fluides pour l’ensemble des usagers.
À Paris, le vélo poursuit sa conquête
Par Samy Abtroun
Publié le 31 octobre 2026 à 09h12 – Temps de lecture : 6 minutes
