Pour les vacances de la Toussaint, l’une des sorties les plus accessibles de Seine-et-Marne tient en deux mots : entrée libre. À Pontault-Combault, le Centre photographique d’Île-de-France (CPIF) consacre une ample exposition à l’artiste Isabelle Le Minh et profite du bicentenaire de l’invention de la photographie pour interroger deux cents ans d’images. Intitulée « A Rose is a Rose is the Last Rose of Summer », cette monographie – la première de l’artiste dans un centre d’art de la région – se visite gratuitement jusqu’au 20 décembre, à quelques minutes seulement de la gare du RER.
Le propos ? Revisiter, avec autant d’humour que de gravité, l’histoire de la photographie, de ses tâtonnements du XIXe siècle à ses bouleversements numériques d’aujourd’hui. Deux cents ans plus tôt, c’est Nicéphore Niépce qui fixait la toute première image durable ; c’est cet anniversaire que le centre a choisi de fêter, non par la nostalgie, mais par le pas de côté. Depuis le début des années 2000, Isabelle Le Minh fait précisément de ce médium un sujet de réflexion sur lui-même : elle détourne les procédés, convoque les figures oubliées et joue des codes savants pour en tirer des pièces conceptuelles, souvent drôles, toujours sensibles. Loin du musée figé, le résultat tient autant de l’enquête que du clin d’œil, et se parcourt sans jargon, à la portée des curieux comme des connaisseurs.
Plusieurs séries donnent le ton. Avec « Traumachromes » (2019), l’artiste convoque la ville de Rochester et la saga industrielle de Kodak ; « Raw Loop » (2023) braque le projecteur sur les mains des ouvrières qui, dans l’ombre, firent tourner les usines de pellicule ; « Feedback Loop », enfin, s’appuie en partie sur les archives du fabricant Pentacon. Jusqu’au titre, emprunté à la littérature, qui dit cette révolution sans cesse recommencée de la technique et rappelle les destins effacés de son histoire – telle Constance Talbot, épouse d’un pionnier, longtemps restée dans l’ombre. L’exposition réunit tirages, installations et dispositifs, entre œuvres inédites et pièces marquantes de la dernière décennie. Le visiteur chemine ainsi d’une salle à l’autre comme dans un cabinet de curiosités où la technique aurait pris la place des merveilles d’autrefois.
Le parcours d’Isabelle Le Minh n’a rien d’ordinaire. Ingénieure spécialisée dans les brevets à Berlin dans les années 1990, elle bifurque vers l’art et sort diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Lauréate du prix Jeune Création dès 2000, pensionnaire des villas Kujoyama puis Saïgon, distinguée par le prix Spectrum qui lui sera remis en 2027, elle enseigne aujourd’hui à la Haute École des arts du Rhin, à Strasbourg. Son travail, exigeant mais rarement austère, en fait l’une des voix les plus singulières de la scène photographique française.
Reste le lieu, qui mérite à lui seul le détour. Installé dans la Ferme briarde, en plein cœur de Pontault-Combault, le CPIF compte parmi les rares structures entièrement vouées à la photographie en Île-de-France. Logé dans un corps de ferme ancien réhabilité, il cultive une atmosphère à mille lieues des grandes institutions parisiennes, plus proche du visiteur et plus propice au dialogue. On y présente des expositions, mais on y accueille aussi des artistes en résidence de recherche et de création, tandis qu’une équipe de médiation fait vivre un service des publics tourné vers les scolaires comme vers les familles. L’entrée y est libre et gratuite toute l’année, un atout de poids quand le budget des familles est souvent mis à rude épreuve.
Pontault-Combault : la photographie fête ses deux siècles
Par Assia Bedja
Publié le 30 octobre 2026 à 09h39 – Temps de lecture : 4 minutes
