La ville d’Aix-en-Provence s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa politique de solidarité. Ce mercredi 1er juillet 2026, à seize heures, elle inaugure son tout premier frigo partagé dans le quartier d’Encagnane. L’installation prend place au tiers-lieu « 20 000 Lieux », au 18 rue Jules Vernes. Portée par la municipalité et son Centre Communal d’Action Sociale, cette initiative conjugue solidarité, transition écologique et renforcement du lien social.
Le principe d’un frigo partagé est aussi simple qu’efficace. Chacun peut y déposer librement des denrées alimentaires encore consommables ou en récupérer gratuitement, selon une charte sanitaire stricte. Ce dispositif fonctionne sur la confiance et la réciprocité. Un particulier qui a trop acheté, un commerçant avec des invendus ou un voisin attentif peut ainsi offrir ce qui lui reste, plutôt que de le jeter. À l’inverse, une personne dans le besoin trouve là de quoi compléter ses repas sans démarche administrative.
Derrière ce geste du quotidien, la Ville poursuit trois objectifs complémentaires. Le premier vise à réduire le gaspillage alimentaire, alors que des tonnes de nourriture finissent encore à la poubelle chaque année. Le deuxième cherche à garantir à tous l’accès à une alimentation de qualité, y compris aux familles les plus fragiles. Le troisième, plus discret, permet de repérer les personnes en situation de vulnérabilité. En venant au frigo, certains habitants isolés renouent en effet avec un lieu de passage et d’échange.
Ce projet n’aurait pas vu le jour sans une mobilisation collective. L’association Frigo Solidaire, à l’origine de l’idée, a apporté son expérience et son savoir-faire. La Ville et son CCAS ont assuré le portage institutionnel, tandis que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône a participé au financement. Cette alliance entre acteurs publics et associatifs illustre une manière concrète de répondre aux difficultés sociales. Chacun apporte sa pierre, du financement à l’animation de terrain.
La réussite d’un tel équipement repose sur sa gestion au jour le jour. C’est l’association « La Cabane des voisins » qui en assure le suivi quotidien, au cœur même du tiers-lieu. Elle veille au respect de la charte sanitaire, contrôle les denrées et entretient le frigo. Ce rôle est essentiel. Sans une présence régulière et bienveillante, un frigo partagé perdrait vite la confiance des habitants. La proximité du lieu avec les commerces, les établissements scolaires et les principaux passages favorise par ailleurs sa fréquentation.
Le choix du quartier d’Encagnane n’a rien d’anodin. Ce secteur populaire d’Aix-en-Provence concentre des besoins sociaux importants. En y implantant son premier frigo, la municipalité affirme sa volonté d’agir là où la solidarité fait le plus de différence. Le tiers-lieu « 20 000 Lieux » offre en outre un cadre idéal. Ces espaces hybrides, à la fois lieux de travail, de rencontre et d’activités associatives, sont devenus des points d’ancrage pour la vie de quartier.
Cette inauguration n’est que le début d’une démarche plus large. Un deuxième frigo partagé fonctionne déjà au Jas de Bouffan, installé à la Maison de la Justice et du Droit, et son inauguration officielle se tiendra en septembre. Un troisième projet est par ailleurs en préparation à la mairie annexe du Pont de l’Arc. Petit à petit, la Ville tisse ainsi un véritable réseau de solidarité alimentaire à l’échelle de ses quartiers.
Ce déploiement progressif traduit une conviction. La lutte contre la précarité et le gaspillage se joue d’abord au plus près des habitants, dans les rues qu’ils empruntent chaque jour. En multipliant ces points d’entraide, Aix-en-Provence entend ancrer durablement une culture du partage. Chaque frigo devient alors bien plus qu’un appareil. Il se transforme en symbole d’une ville où l’on prend soin les uns des autres.
Pour les Aixois, ce premier frigo d’Encagnane ouvre une nouvelle façon de vivre la solidarité. Loin des dispositifs lourds, il mise sur la simplicité et la spontanéité du geste. Déposer une boîte de conserve ou un fruit en trop devient un acte citoyen à la portée de tous. À l’heure où le pouvoir d’achat reste une préoccupation forte, cette initiative rappelle qu’une commune peut agir concrètement, avec des moyens modestes mais une ambition bien réelle.

