La Métropole Aix-Marseille-Provence vient de remporter le projet européen URBACT TactiCity. Cette initiative, portée à l’échelle d’un réseau de villes, poursuit un objectif précis. Il s’agit de partager les bonnes pratiques en matière d’urbanisme tactique, afin d’imaginer des espaces publics plus inclusifs, plus durables et mieux partagés. La participation des habitants occupe une place centrale dans cette démarche. Pour le territoire métropolitain, cette reconnaissance européenne ouvre de nouvelles perspectives.
URBACT reste peu connu du public, mais son rôle mérite d’être expliqué. Il s’agit d’un programme européen de coopération territoriale qui met en réseau les villes du continent. Concrètement, il les aide à concevoir des solutions durables aux défis urbains, en partageant leurs expériences et en formant leurs équipes. Dès lors, remporter l’un de ses projets vaut à la fois reconnaissance et accès à un réseau d’expertise partagée.
L’urbanisme tactique reste une notion encore peu connue du grand public. Elle repose pourtant sur une idée simple et concrète. Plutôt que d’attendre des années la réalisation de travaux définitifs, la collectivité déploie des aménagements légers et réversibles. Ces installations servent à tester de nouveaux usages et à faire vivre un lieu dans l’intervalle. On observe alors comment les habitants s’approprient l’espace, avant d’engager des aménagements pérennes. Cette souplesse permet de corriger le tir et d’éviter des erreurs coûteuses.
Sur le territoire métropolitain, cette approche répond à des besoins bien identifiés. Le périmètre compte de nombreux quartiers prioritaires, des friches et des espaces en plein renouvellement urbain. Dans ces secteurs, les habitants attendent souvent longtemps avant de voir aboutir un projet. L’urbanisme tactique apporte une réponse plus rapide. Il améliore le quotidien sans attendre la fin des procédures, tout en préparant le terrain pour les transformations futures. La méthode conjugue ainsi réactivité et concertation.
Marseille offre déjà plusieurs exemples parlants. À Frais Vallon, un dispositif d’incitation douce a été installé autour des écoles. Des panneaux colorés, de la peinture au sol et du mobilier en bois rendent l’espace plus convivial et invitent les automobilistes à ralentir. L’objectif consiste à sécuriser les abords scolaires par des moyens simples et visibles. Ce type d’aménagement agit d’abord sur les comportements, en rendant l’espace plus lisible et plus accueillant pour les enfants comme pour les familles.
Le quartier de la Providence illustre une autre facette de la démarche. Un ancien parking y a été transformé en espace de vie accueillant. Des bancs, des ombrières et des talus ont été installés à titre transitoire. Ces aménagements permettent d’observer la façon dont les habitants investissent le lieu avant sa conception définitive. Là encore, l’expérimentation précède la décision. Elle garantit que le futur aménagement correspondra réellement aux usages constatés sur le terrain, et non à une vision théorique.
Le projet TactiCity s’inscrit dans un horizon de moyen terme. Jusqu’en 2028, la Métropole et ses partenaires du réseau européen vont expérimenter ensemble et ajuster leurs méthodes. Cet échange d’expériences doit leur permettre de gagner en expertise urbaine. Concrètement, plusieurs chantiers sont déjà engagés. L’occupation temporaire de bâtiments vides figure parmi les priorités, tout comme l’aménagement provisoire d’espaces publics laissés à l’abandon. Ces actions redonnent une utilité à des lieux délaissés, parfois pendant des années.
Pour structurer cette dynamique, plusieurs outils sont en cours de construction. La Métropole prépare un atlas du foncier vacant, qui recensera les terrains et les bâtiments disponibles. Une mission dédiée à l’occupation temporaire est également mise en place. Enfin, le retour d’expérience accumulé par la Métropole, par Euroméditerranée et par la Ville de Marseille viendra nourrir la réflexion collective. Ces ressources donneront aux équipes une vision plus claire des possibilités offertes par chaque site.
Au-delà de la technique, cette démarche traduit une certaine idée de la fabrique de la ville. Elle place l’habitant au centre et lui donne un rôle actif dans la transformation de son cadre de vie. Elle valorise aussi des espaces souvent perçus comme des angles morts, friches, parkings désaffectés ou bâtiments vides. Pour les habitants de la métropole, l’enjeu est tangible. Il touche à la qualité des rues, à la sécurité des abords d’école et à la manière dont chacun peut se réapproprier l’espace commun, dès aujourd’hui et sans attendre la fin des grands chantiers.

