1. Home
  2. Nos départements
  3. VAL-D'OISE (95)
  4. Cergy rend hommage à Maryse Condé

Cergy rend hommage à Maryse Condé

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 18 septembre 2026 à 08h45 – Temps de lecture : 4 minutes

Cergy consacre l’automne à l’une des grandes voix de la littérature francophone. Du 16 septembre au 15 octobre, la préfecture du Val-d’Oise accueille l’exposition « Maryse Condé : chez elle dans le monde. Un portrait savoureux », installée dans le hall du 33, boulevard du Port. L’accès est libre et gratuit, du lundi au vendredi de 9h à 18h. Un mois durant, le public peut y (re)découvrir le parcours d’une romancière à la trajectoire hors du commun.
Née à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, Maryse Condé s’est imposée au fil des décennies comme une figure majeure des lettres de langue française. Autrice d’une œuvre abondante, traduite dans le monde entier, elle a signé des romans devenus des classiques, de « Ségou » à « Moi, Tituba sorcière… ». En 2018, elle recevait le prix de la New Academy, distinction suédoise présentée comme un « prix Nobel alternatif » de littérature, décernée l’année où le Nobel officiel avait été suspendu. Elle s’est éteinte en avril 2024, à l’âge de 90 ans.
Longtemps enseignante, Maryse Condé a partagé sa vie entre l’écriture et la transmission, notamment aux États-Unis où elle a professé la littérature francophone à l’université Columbia, à New York. Femme de conviction, elle n’a jamais séparé son art de son regard sur l’histoire et sur les sociétés qu’elle décrivait. Cette double vie d’écrivaine et de passeuse nourrit le portrait présenté à Cergy, attentif autant à l’œuvre qu’à la trajectoire de la femme.
Conçue comme un « portrait savoureux », l’exposition retrace la vie et l’œuvre de l’écrivaine à travers son itinéraire personnel, ses livres et ses engagements. Elle donne à voir une femme qui a vécu et écrit sur plusieurs continents – Antilles, Afrique, Europe, États-Unis – et fait dialoguer ses racines guadeloupéennes avec une curiosité tournée vers le monde entier. Le titre résume cette idée d’une autrice partout étrangère et pourtant partout chez elle.
Au fil des panneaux, le visiteur retrouve les grands thèmes qui traversent l’œuvre : la mémoire, l’héritage de l’esclavage et de la colonisation, les injustices du passé, mais aussi les questions très contemporaines de la diversité, de la liberté et de l’humanisme. Autant de sujets que les romans de Maryse Condé n’ont cessé de travailler, sans jamais renoncer à la puissance du récit ni au plaisir de raconter des destins et des histoires.
L’exposition est produite par le CIFORDOM, le Centre d’information, de formation, de recherche et de développement pour les originaires d’outre-mer, et conçue par Florence Pizzorni. En la présentant à Cergy, ses organisateurs entendent toucher un large public, des amateurs de littérature aux simples passants, dans une ville jeune et cosmopolite où se croisent des habitants de toutes origines. L’entrée gratuite et les horaires de semaine facilitent notamment les visites de groupes et de scolaires.
Sa reconnaissance a été tardive mais éclatante. Couronnée en 2018 par un jury international réuni après la mise en sommeil du Nobel cette année-là, elle a vu son nom franchir les frontières du monde universitaire pour toucher un très large public. Sa mort, au printemps 2024, a suscité de nombreux hommages, en France comme dans la Caraïbe. L’exposition de Cergy prolonge cette mémoire encore vive et rappelle la place singulière qu’elle occupe dans les lettres contemporaines.
Le choix de la préfecture n’a rien d’anodin. Cergy, cœur d’une agglomération universitaire et populaire, revendique de longue date une vie culturelle ouverte sur le monde. Accueillir un hommage à Maryse Condé, dont l’œuvre parle de circulation, de métissage et de mémoire, s’inscrit dans cette ligne. L’exposition offre aussi l’occasion, pour les plus jeunes, de découvrir une autrice majeure encore trop peu enseignée, quelques mois après sa disparition.
Gratuite et accessible en semaine pendant un mois, la manifestation s’adresse autant aux lecteurs fidèles qu’aux curieux. Elle invite chacun à entrer dans l’univers d’une romancière qui a fait de son exil et de ses multiples appartenances une matière littéraire. À Cergy, jusqu’au 15 octobre, « chez elle dans le monde » prend ainsi tout son sens, dans le hall d’un bâtiment que traversent chaque jour des centaines de personnes.