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France 2030 vise des centres de données plus sobres

Baies de serveurs alignées dans une salle de centres de données
Par Marcel Grenay
Publié le 3 août 2026 à 17h01 – Temps de lecture : 4 minutes

Le Gouvernement a lancé, fin juillet 2026, un appel à projets pour rendre les centres de données et les équipements numériques plus sobres. Opéré par l’Agence de la transition écologique, l’ADEME, pour le compte de l’État, ce dispositif baptisé EcoIDEN s’inscrit dans la stratégie d’accélération « Numérique écoresponsable » du plan France 2030. Doté de 54 milliards d’euros et lancé en 2021, ce plan d’investissement national soutient les filières industrielles et technologiques jugées stratégiques. L’objectif de l’appel tient en une phrase. Soutenir les technologies qui limitent l’empreinte environnementale d’un secteur en pleine expansion.

Ce choix répond à une réalité chiffrée. En 2022, le numérique représentait 4,4 % de l’empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre en équivalent CO2. Depuis 2020, la part des centres de données dans cette empreinte augmente. En cause, l’essor du cloud, de la vidéo à la demande et, désormais, de l’intelligence artificielle, qui multiplient les besoins de stockage et de calcul. Ces infrastructures consomment de l’électricité en continu et dégagent une chaleur qu’il faut évacuer.

La fabrication des terminaux pèse tout aussi lourd, mais autrement. Elle épuise des ressources naturelles à un rythme soutenu. Selon l’ADEME, répondre à la hausse continue du nombre d’appareils numériques des Français supposerait d’extraire, en 2050, 59 % de métaux et de minéraux de plus qu’en 2020. Autrement dit, produire toujours plus d’écrans, de serveurs et de composants pousse la demande de matières premières vers des niveaux difficiles à tenir.

Face à ce constat, l’appel à projets poursuit deux objectifs. Le premier concerne directement les centres de données. Il finance des démonstrateurs et des projets d’industrialisation autour de solutions plus vertueuses, comme des systèmes de refroidissement plus efficaces ou la récupération de la chaleur produite par les serveurs. Cette chaleur, aujourd’hui souvent perdue, peut alimenter des réseaux urbains ou des bâtiments voisins, à condition de disposer des équipements adaptés.

Le second objectif vise l’économie circulaire du numérique. Concrètement, il s’agit de concevoir des équipements plus robustes et plus durables, puis de développer à grande échelle leur réparation, leur réemploi et leur reconditionnement. En allongeant la durée de vie des appareils, cette approche réduit le besoin d’en fabriquer de nouveaux, et donc la pression sur les métaux critiques. Elle ouvre aussi un marché à des entreprises spécialisées dans la seconde vie du matériel.

Le dispositif dépasse la seule question environnementale. Piloté par la Direction générale des entreprises, le Commissariat général au développement durable et le Secrétariat général pour l’investissement, qui pilote France 2030, il vise aussi la compétitivité. En soutenant ces innovations, l’État entend renforcer la place des acteurs européens dans la chaîne de valeur du numérique et réduire la dépendance du pays à certaines matières premières critiques. Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, défend ainsi un numérique à la fois sobre, résilient et souverain, où la performance ne s’oppose pas à la durabilité.

Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la transition écologique, replace cette démarche dans un mouvement plus large. Pour lui, la transition écologique ne se fera pas sans innovation, qu’il s’agisse de mieux gérer l’énergie, de préserver les ressources ou d’adapter les territoires aux vagues de chaleur. La France investit dans l’intelligence artificielle depuis 2018, et cet appel prolonge cette ambition en cherchant des solutions plus sobres et plus compétitives.

Le calendrier est déjà fixé. L’appel à projets est ouvert depuis le 20 juillet 2026, et un webinaire de présentation s’est tenu le lendemain, le 21 juillet, à destination des entreprises. Les candidats peuvent déposer leur dossier lors de deux relèves successives. Chaque relève correspond à une date limite à laquelle les dossiers reçus sont examinés ensemble. La première se clôturera le 29 octobre 2026, la seconde le 9 décembre 2027. Le cahier des charges et le dépôt des candidatures se font sur la plateforme dédiée de l’ADEME.

Pour les entreprises du secteur, des start-up de la réparation aux industriels du refroidissement, ce soutien public peut faire la différence au moment de passer du prototype au déploiement à grande échelle. Pour les usagers, l’enjeu est plus discret mais bien réel. Des centres de données mieux conçus et des appareils qui durent plus longtemps dessinent un numérique dont l’empreinte cesserait de croître au même rythme que ses usages.