Réuni mardi 21 avril à Bercy, le comité d’alerte des finances publiques a permis au gouvernement de faire un point précis sur l’exécution budgétaire 2026, mais aussi sur les effets économiques et financiers de la guerre au Moyen-Orient. Autour de Roland Lescure, David Amiel, Jean-Pierre Farandou, Stéphanie Rist et Françoise Gatel, l’exécutif a voulu afficher sa volonté de transparence et de suivi rapproché des comptes publics dans un contexte international particulièrement tendu.
Créé en avril 2025, ce comité réunit l’ensemble des acteurs concernés par les finances publiques : parlementaires, représentants des collectivités locales, organismes de sécurité sociale, partenaires sociaux ainsi que plusieurs institutions de référence comme la Cour des comptes, la Banque de France, l’INSEE et le Haut Conseil des finances publiques. Cette nouvelle réunion s’inscrit dans une logique de concertation élargie, destinée à mieux anticiper les risques pesant sur l’équilibre budgétaire du pays.
Le gouvernement estime que le déficit public 2025, finalement ramené à 5,1 % du PIB contre 5,4 % initialement prévus, confirme la pertinence d’une méthode de pilotage jugée plus rigoureuse, plus transparente et plus réactive. Dans un environnement marqué à la fois par la crise énergétique et par la dégradation des comptes publics, l’exécutif considère qu’il est essentiel d’agir tôt pour éviter tout dérapage des dépenses et préserver la trajectoire de réduction du déficit.
Le point d’étape présenté à l’occasion du comité fait apparaître un ralentissement des recettes fiscales supplémentaires liées au carburant depuis le début du mois d’avril. Entre le début mars et le 10 avril, ces recettes atteignent désormais 170 millions d’euros, dont 80 millions pour l’État, le reste étant réparti entre les collectivités locales et la Sécurité sociale. À titre de comparaison, elles s’élevaient à 270 millions d’euros pour le mois de mars 2026 par rapport à mars 2025. Cette baisse de 100 millions d’euros sur les dix premiers jours d’avril s’explique par le recul récent de la consommation de carburant.
Parallèlement, le coût budgétaire des mesures de soutien déjà annoncées pour accompagner les secteurs professionnels et les Français les plus touchés par la crise est estimé à 150 millions d’euros au 20 avril. Cette enveloppe comprend 60 millions d’euros pour le chèque énergie, 35 millions pour les agriculteurs, 5 millions pour les pêcheurs et 50 millions pour les transporteurs.
Au-delà de ces aides immédiates, le gouvernement évalue à 4,4 milliards d’euros le coût global de la crise pour l’État, en tenant compte de la remontée de l’inflation et du ralentissement de la croissance. La charge de la dette en représenterait à elle seule 3,6 milliards d’euros. En complément, l’intensification de l’engagement des forces armées pourrait entraîner un coût supplémentaire proche d’un milliard d’euros. Si l’ensemble des risques anticipés venait à se concrétiser, le coût total de la guerre en Iran pour les finances publiques françaises pourrait ainsi avoisiner 6 milliards d’euros en 2026.
Face à cette situation, le gouvernement dit se tenir prêt à freiner certaines dépenses afin de préserver la maîtrise du déficit et sa capacité à répondre à de nouvelles crises. Si les risques budgétaires liés au conflit se matérialisaient, 4 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppés sur le périmètre de l’État et de ses opérateurs, ainsi que 2 milliards d’euros dans la sphère sociale. L’exécutif entend ainsi garantir le respect de la trajectoire adoptée par le Parlement et éviter d’avoir à compenser plus tard par des hausses de fiscalité pesant sur les ménages comme sur les entreprises.
Roland Lescure a souligné que le conflit au Moyen-Orient a un coût incontestable pour les finances publiques, tout en estimant que la France résiste mieux que d’autres pays grâce à une exposition plus limitée et à son mix énergétique. Il a défendu la nécessité de maintenir une gestion rigoureuse des comptes publics pour conserver des marges de manœuvre budgétaires et accélérer la transformation du modèle économique et énergétique.
David Amiel a affirmé qu’aucun dérapage de dépense ne serait toléré et que chaque euro supplémentaire de dépense ou chaque euro de recette perdu à cause de la crise devra être compensé. Il a précisé que si le coût de la guerre atteignait 6 milliards d’euros, le gouvernement serait prêt à stopper l’équivalent en dépenses.
Jean-Pierre Farandou a rappelé que le respect de la trajectoire financière demeure une priorité et qu’il faudra, avec l’ensemble des parties prenantes et notamment les partenaires sociaux, identifier les mesures les plus adaptées pour contribuer à l’effort collectif. Stéphanie Rist a insisté sur le rôle du comité d’alerte comme espace essentiel de dialogue et de transparence, en rappelant qu’il faut préserver durablement le modèle social sans faire peser sur les générations futures le coût des soins d’aujourd’hui. Françoise Gatel a enfin salué le sérieux budgétaire des collectivités locales, qui ont contenu leurs dépenses en 2025 malgré le contexte inflationniste, tout en appelant à prolonger cette logique de prudence si la crise venait à durer.

