En France, le niveau de vie médian s’est établi à 26 740 euros par an et par unité de consommation en 2024, soit environ 2 228 euros par mois pour une personne vivant seule. C’est ce que montrent les données publiées par l’Insee sur le niveau de vie et la pauvreté. Ce revenu médian partage la population en deux parts égales. La moitié des habitants dispose d’un montant supérieur, l’autre moitié d’un montant inférieur.
Ce niveau de vie a progressé de 1,8 % en euros constants sur un an, une fois l’inflation déduite. La hausse est nettement plus forte qu’en 2023, où elle atteignait 1,0 %. Ce redressement tient d’abord au net ralentissement des prix. En effet, l’inflation est revenue à 2,0 % en moyenne annuelle, contre 4,9 % l’année précédente. Dès lors, les revenus versés aux ménages, qui ont augmenté de 3,8 % en euros courants, ont conservé une part bien plus importante de leur pouvoir d’achat. Le marché du travail a lui aussi soutenu les foyers, avec un taux d’emploi au plus haut depuis 1975 et un chômage stable à 7,4 %.
Cette amélioration d’ensemble masque toutefois une réalité qui ne recule pas. Le taux de pauvreté monétaire s’est maintenu à 15,4 % de la population, son niveau le plus élevé depuis 1996. Concrètement, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Ce seuil correspond à 60 % du niveau de vie médian, la définition retenue au niveau européen. La stabilité de ce taux, après plusieurs années de hausse, confirme l’installation durable de la précarité pour une partie du pays.
La situation des personnes concernées demeure elle aussi préoccupante. L’intensité de la pauvreté, qui mesure l’écart entre le niveau de vie des ménages pauvres et le seuil, atteignait 19,7 %. Autrement dit, la moitié des personnes pauvres vivaient avec moins de 1 074 euros par mois. Ce montant éclaire la distance qui sépare ces foyers du reste de la population et la difficulté à couvrir les dépenses courantes.
La pauvreté ne frappe pas de façon uniforme. Les chômeurs restaient les plus exposés, avec un taux de 36,1 %. Les familles monoparentales suivaient de près, à 34,0 %, ce qui traduit la fragilité des foyers reposant sur un seul revenu. Les enfants payaient également un lourd tribut, puisque 22,4 % des moins de 18 ans vivaient dans un ménage pauvre. À l’inverse, les salariés affichaient un taux limité à 6,9 %, signe que l’emploi reste la meilleure protection. Les retraités, enfin, ont vu leur taux reculer de 0,7 point pour s’établir à 10,4 %, un mouvement porté par la revalorisation des pensions et des minima sociaux.
Les inégalités de revenus, quant à elles, se sont légèrement creusées. L’indice de Gini, qui vaut zéro en cas d’égalité parfaite et un en cas de concentration totale, a atteint 0,302, son plus haut niveau depuis 1996. Le rapport entre les hauts et les bas revenus le confirme. Les 10 % les plus aisés disposaient d’un niveau de vie au moins 3,48 fois supérieur à celui des 10 % les plus modestes. Par ailleurs, les 20 % les plus favorisés concentraient 38,8 % de la masse des revenus, contre seulement 8,4 % pour les 20 % du bas de l’échelle.
Ce léger creusement s’explique par un rythme de progression différent selon les catégories. Ainsi, le niveau de vie des 10 % les plus modestes a augmenté de 1,7 % en euros constants, et celui des ménages du milieu de 1,8 %, quand les 10 % les plus aisés ont progressé un peu moins vite, de 1,4 %. La redistribution a néanmoins joué son rôle amortisseur. Les prestations sociales et les impôts relèvent sensiblement les revenus des foyers modestes. La revalorisation des allocations de solidarité de 4,6 % au 1er avril et celle de l’allocation de solidarité aux personnes âgées de 5,3 % au 1er janvier ont notamment soutenu les budgets les plus contraints.
Au terme de cette photographie annuelle, un constat s’impose. La détente de l’inflation a rendu du pouvoir d’achat à la grande majorité des ménages, mais elle n’a pas suffi à faire reculer la pauvreté ni à réduire les écarts. Pour près d’un habitant sur six, le quotidien reste marqué par des arbitrages difficiles. Ces chiffres nourrissent désormais le débat sur l’efficacité des dispositifs de soutien et sur les leviers capables d’enrayer une précarité qui, depuis bientôt trois décennies, ne desserre pas son emprise.

