Jusqu’au 31 octobre 2026, l’Hôtel des Arts de Toulon consacre tout son espace au fil et à la matière. Avec l’exposition Suivez le fil, le centre d’art de la Métropole Toulon Provence Méditerranée explore les liens entre design et textile. Le visiteur y découvre une centaine d’œuvres issues de collections nationales, réunies pour montrer comment le textile a peu à peu transformé notre rapport aux objets et aux espaces.
Le parti pris des commissaires surprend d’emblée. Plutôt que de dérouler une histoire chronologique du textile, elles ont choisi de mettre en lumière des moments clés et des expérimentations marquantes. Marie-Ange Brayer, conservatrice en chef au service design du Centre Pompidou, explique que l’exposition cherche à éclairer les interactions entre design et textile à travers ces temps forts, sans viser un panorama exhaustif. Ce choix donne au parcours un rythme libre, fait de rapprochements inattendus entre des époques éloignées.
Le fil conducteur, justement, mène des avant-gardes modernistes jusqu’aux créations les plus actuelles. On y voit comment la matière textile a progressivement influencé la forme des objets, puis ouvert de véritables champs d’expérimentation. D’abord cantonné à l’ameublement et à l’habillage, le tissu a gagné en autonomie. Il est devenu un matériau de recherche à part entière, manipulé par les designers comme un terrain de jeu.
L’exposition montre ensuite que le textile dépasse aujourd’hui ses fonctions traditionnelles. Il ne se contente plus d’habiller ou de recouvrir. Il structure, il porte, il devient parfois élément d’architecture. Lucile Montagne, conservatrice en chef au Mobilier national, souligne ainsi que le textile s’impose désormais en trois dimensions et dialogue avec le mobilier et l’espace. Cette idée traverse tout le parcours, où des pièces semblent tenir debout par la seule force du tissu.
La diversité des matériaux frappe également le visiteur. Fibres naturelles, matières synthétiques et expérimentations hybrides se côtoient au fil des salles. Cette variété n’est pas qu’esthétique. Elle pose des questions très contemporaines, à commencer par le réemploi et la durabilité. Le textile apparaît dès lors comme une réponse possible à des enjeux acoustiques, thermiques et écologiques. Loin d’un simple ornement, il se révèle un matériau d’avenir.
La scénographie elle-même prolonge ce propos. Plutôt que de simples cimaises neutres, l’exposition emploie le textile comme medium de design. Des revêtements et des matières souples structurent l’espace et enveloppent le visiteur. Cette mise en scène crée une expérience immersive, où l’on traverse le sujet autant qu’on le regarde. Elle illustre concrètement les principes de recyclage et de réemploi défendus par le parcours.
Derrière cette proposition se profile le rôle de deux institutions majeures. Le Centre Pompidou, dont le service design conserve l’une des plus importantes collections de design au monde, et le Mobilier national, héritier d’une tradition séculaire de mobilier et de tapisserie au service de l’État. Ce dernier veille notamment sur les manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, dont les ateliers tissent des tapisseries depuis le XVIIe siècle. Ce lien historique entre le fil et la création donne au thème de l’exposition une profondeur particulière. Leur présence aux côtés de l’Hôtel des Arts garantit la richesse des œuvres présentées. Elle ancre aussi cette exposition varoise dans un réseau patrimonial national.
L’Hôtel des Arts, de son côté, poursuit ainsi sa mission de centre d’art ouvert à tous. La visite reste entièrement gratuite. Les portes s’ouvrent du mardi au dimanche, de 11 heures à 18 heures, l’établissement fermant seulement le 14 juillet et le 15 août. Pour aller plus loin, des visites guidées sont proposées chaque mercredi et chaque samedi à 15 heures, sans réservation préalable. Le public peut retrouver l’ensemble des informations pratiques sur la page dédiée de l’Hôtel des Arts.
Au fil de l’été, cette exposition offre donc une parenthèse rafraîchissante au cœur de Toulon. Elle s’adresse autant aux amateurs de design qu’aux curieux de passage. En suivant le fil d’une salle à l’autre, chacun mesure combien une matière aussi familière que le tissu peut encore réinventer notre quotidien et nos manières d’habiter le monde.

