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Marseille au cœur de la Méditerranée

Par Christof Lorenzo
Publié le 13 mai 2026 à 12h57 – Temps de lecture : 5 minutes

La ville de Marseille s’affirmera une nouvelle fois comme le carrefour incontournable des échanges culturels entre les différentes rives de la Méditerranée à l’occasion du lancement de la Saison Méditerranée 2026. Cet événement d’envergure, qui aura lieu du 15 au 24 mai, transformera la cité phocéenne en un véritable théâtre à ciel ouvert où se mêleront création artistique, réflexion historique et célébration populaire. Portée par l’Institut français, cette programmation essaimera dans plusieurs grandes villes françaises comme Lille, Montpellier ou Paris, regroupant au total plus de deux cents manifestations jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026. Cependant, c’est bien à Marseille que battra le cœur de cette séquence inaugurale intitulée Arriver, Partir, Revenir, une thématique qui explore les mouvements et les liens indéfectibles qui unissent les peuples du bassin méditerranéen.

Le coup d’envoi des festivités sera marqué par une soirée mémorable au Jardin du Pharo le 15 mai, où la musique servira de pont entre les cultures. Le musicien Sofiane Saidi y conviera Camélia Jordana pour un concert gratuit d’une grande intensité émotionnelle. Ensemble, ils rendront un vibrant hommage aux femmes Médahates, figures centrales des célébrations familiales de l’Ouest algérien dont les chants traditionnels ruraux ont nourri les racines profondes du raï moderne. Cette performance sera précédée par une immersion sonore proposée par le producteur et explorateur musical marseillais KasbaH, soulignant la volonté des organisateurs de faire dialoguer les héritages ancestraux avec les courants musicaux les plus contemporains. Cette programmation musicale exigeante est le fruit d’une collaboration étroite entre des structures emblématiques, telles que Latinissimo, l’AMI et un consortium de partenaires locaux incluant Marsatac et Radio Grenouille.

L’engagement artistique de cette saison se manifestera également à travers un riche parcours d’arts visuels qui investira les institutions muséales de la ville. Le Musée d’art contemporain, le [mac], consacrera ainsi une exposition majeure à l’artiste Louisa Babari intitulée Africa. Cette proposition immersive invitera le visiteur à un voyage à travers les strates mythologiques et antiques de l’Afrique du Nord, utilisant la photographie, les arts plastiques et les créations sonores pour faire ressurgir des récits où se confondent mémoire et fiction. En parallèle, le Centre de la Vieille Charité accueillera l’installation textile monumentale d’Adrien Vescovi. Son œuvre, Dormir comme le soleil, se déploiera dans la chapelle et les coursives du bâtiment, instaurant un dialogue direct avec l’architecture historique tout en célébrant les savoir-faire artisanaux liés à la matière et à la couture. Ces expositions, visibles pour certaines jusqu’au début de l’année 2027, témoignent de la volonté de s’inscrire dans le temps long de la recherche artistique.

La littérature et l’image occuperont une place de choix au sein de la Bibliothèque de l’Alcazar qui propose deux rendez-vous significatifs. L’exposition collective Images voyageuses réunira dix créateurs venus d’Algérie, d’Égypte, du Liban, du Maroc et de Tunisie. Leurs œuvres graphiques et narratives, accompagnées par les textes de l’auteur Kamel Khélif, interrogent les notions d’appartenance et de déplacement, renforçant la portée du projet Livres des deux rives. En complément, une sélection exceptionnelle de soixante-dix-sept photographies anciennes permettra de découvrir le patrimoine architectural et culturel du Liban entre 1864 et 1970. Ce travail documentaire, réalisé en partenariat avec l’Institut du monde arabe et la Bibliothèque orientale de Beyrouth, offre un contrepoint historique précieux aux collections patrimoniales conservées à Marseille.

Le spectacle vivant ne sera pas en reste avec des performances qui investiront des lieux chargés de symboles. Sur l’esplanade du J4, Taoufiq Izzediou proposera une expérience chorégraphique participative intitulée Danser ma ville, ouverte à tous sans condition physique préalable, favorisant ainsi une réappropriation citoyenne de l’espace public. Le Mucem, quant à lui, servira de décor aux récits émouvants portés par le metteur en scène Mohamed El Khatib dans son projet Mères Méditerranées. Plus au nord, l’Espace Mistral à l’Estaque accueillera les sonorités de Labess et Ars Nova, confirmant que la Saison Méditerranée se déploiera dans tous les quartiers de la ville. Le cinéma trouvera également sa place à la tombée de la nuit sur la Place Bargemon, avec une sélection de films méditerranéens présentée en collaboration avec les Écrans du Sud.

L’apothéose de cette séquence marseillaise se jouera au sein du Grand Port maritime de Marseille, un lieu qui incarne par essence les flux et les échanges. Le metteur en scène Sébastien Kheroufi y présentera Du sel dans les yeux, une pièce qui interroge le temps suspendu lors des traversées maritimes entre Alger et Marseille. La clôture des dix jours de fête sera marquée par une invitation à habiter le port, mêlant gastronomie méditerranéenne et prouesses techniques. Le public pourra assister à la Symphonie portuaire menée par Raphaël Imbert et Mécanique vivante, suivie de la performance Tarab d’Éric Minh Cuong Castaing. Cette œuvre scénique, associant des danseurs de la diaspora du Levant et les dispositifs mécaniques de la compagnie Shonen, scellera cette ouverture sur une note d’innovation et de fraternité. L’ensemble de ces manifestations gratuites permettra de tisser des liens durables entre les artistes et les habitants, faisant de Marseille le phare d’une culture méditerranéenne vivante et solidaire.