1. Home
  2. Nos départements
  3. ALPES-MARITIMES (06)
  4. Saint-Laurent-du-Var : une information judiciaire relance l'affaire de l'enseignant soupçonné de viols sur des enfants de maternelle

Saint-Laurent-du-Var : une information judiciaire relance l’affaire de l’enseignant soupçonné de viols sur des enfants de maternelle

Par Moira O'Deorain
Publié le 23 juin 2026 à 19h19 – Temps de lecture : 3 minutes

L’affaire connaît un tournant majeur. Ce mardi 23 juin, le procureur de Grasse, Éric Camous, a ouvert une information judiciaire. Désormais, un juge d’instruction du tribunal judiciaire de Grasse va diriger l’enquête. Au cœur du dossier figure un enseignant de moyenne section, soupçonné de viols et d’agressions sexuelles dans une école maternelle de Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes.

Cette décision intervient sept mois après les premières plaintes. À l’époque, le parquet avait pourtant classé le dossier sans suite. Entre octobre et novembre 2025, quatre familles avaient déposé plainte, dont deux avec constitution de partie civile. Or, ce cadre impose la saisine d’un juge d’instruction. C’est ce mécanisme qui relance aujourd’hui les investigations.

Ainsi, tout part des déclarations de deux élèves de moyenne section. Ces enfants, âgés de trois ans et demi à quatre ans, ont rapporté des gestes du maître. Laura, l’une des premières mères plaignantes, raconte le malaise de son fils. « Au début il était très fermé », confie-t-elle. Selon elle, l’enfant évoquait un secret avec l’enseignant, puis des attouchements.

En octobre 2025, le procureur avait justifié son classement sans suite. À ses yeux, aucune charge ne permettait alors de soupçonner la réalité des faits. Le magistrat évoquait notamment des détails erronés et un lieu impossible à situer. De plus, un expert psychologue n’avait relevé aucune souffrance post-traumatique, tout en notant des signes de suggestibilité.

L’enseignant, lui, conteste fermement les accusations. En poste depuis plus de dix ans, il n’avait fait l’objet d’aucun signalement. D’ailleurs, son avocate, Me Audrey Vazzana, défend son innocence. D’après elle, les enquêteurs ont fait leur travail et personne n’a négligé la parole des enfants. Elle met par ailleurs en garde contre une dérive qu’elle juge dangereuse.

Du côté des familles, la colère reste vive. Leurs avocats dénoncent une première enquête « expéditive », voire « bâclée ». Ce mardi, parents, représentants de la FCPE et membres de l’association Les Petits Invincibles se sont réunis. Ensemble, ils ont réclamé la poursuite des investigations.

Par ailleurs, Me Vincent Brengarth, avocat des parents, juge le classement incompréhensible. Pour lui, plusieurs questions restent sans réponse. Pourquoi cette pluralité de plaintes ? Et comment expliquer que des enfants si jeunes décrivent des faits d’une telle intensité ? L’avocat réclame donc des actes basiques : auditions de l’entourage, examen du téléphone et des outils informatiques.

Cette relance s’inscrit dans un contexte national tendu. Après la mort de Lyhanna, le ministre de la Justice a en effet demandé le réexamen de près de 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. L’affaire de Saint-Laurent-du-Var illustre, selon les familles, les failles de la chaîne pénale.

Entre-temps, la vie de l’école a basculé. Après le classement, l’enseignant avait d’abord retrouvé sa classe. Toutefois, la moitié des parents avaient retiré leur enfant. Par la suite, la hiérarchie l’a muté vers un poste sans contact avec les élèves. À ce stade, il demeure présumé innocent, et l’instruction devra établir la vérité.