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Soisy se souvient en trois temps

Par Assia Bedja
Publié le 6 novembre 2026 à 08h22 – Temps de lecture : 4 minutes

À Soisy-sous-Montmorency, la semaine du 11 Novembre se referme sur un rendez-vous que la commune n’a jamais laissé s’éteindre. Le mercredi 11 novembre, la Ville commémore le 108e anniversaire de l’armistice de 1918, celui qui, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois, fit taire les canons de la Grande Guerre. Signé au petit matin dans une clairière de la forêt de Compiègne, le cessez-le-feu avait mis un terme à plus de quatre années d’un conflit qui avait vidé les villages de leurs hommes. Plus d’un siècle plus tard, le rendez-vous soiséen garde exactement la même gravité : honorer des fils du pays partis au front et qui n’en sont jamais revenus.
La matinée se déroulera en plusieurs stations, comme pour inscrire le souvenir dans la géographie même de la ville. À 10h, un office religieux réunira d’abord les fidèles à l’église Saint-Germain. À 11 h 30, le recueillement gagnera le carré militaire du cimetière communal, où un dépôt de gerbes et une minute de silence rendront hommage aux soldats qui y reposent. La cérémonie s’achèvera à 12h, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, avenue du Général-de-Gaulle, devant le monument aux morts, par un nouveau dépôt de gerbes et un dernier temps de silence. L’ensemble court de 10h à 12 h 30, et chacun peut rejoindre le cortège à l’étape de son choix. Trois haltes, trois gerbes : la municipalité a fait le choix d’un hommage qui prend le temps du recueillement plutôt que d’une cérémonie expédiée en quelques minutes.
Ce cheminement, de l’église aux tombes puis au monument, n’a rien d’anodin. Depuis 2012, le 11 Novembre n’honore plus seulement les poilus de 14-18 : la date est devenue la journée nationale d’hommage à tous les « morts pour la France », quels que soient la guerre et l’uniforme. À Soisy comme ailleurs, la commémoration mêle donc la mémoire des tranchées à celle de conflits plus proches de nous, de la Seconde Guerre mondiale aux opérations extérieures. Devant les noms gravés dans la pierre, la commune rassemble, le temps d’une matinée, élus, familles et simples habitants que relie un même refus d’oublier. Partout en France, le monument aux morts est resté le seul édifice que presque chaque commune, si modeste soit-elle, a tenu à élever au lendemain de la guerre ; celui de Soisy ne fait pas exception.
La ville n’a pourtant pas attendu le 11 pour animer ce début de novembre. Dès le 5 novembre, la salle Le Trèfle accueillera une soirée d’un tout autre registre : Le Fridge, un plateau de stand-up où plusieurs humoristes se succèdent sur scène, de 20h à 21h. Soirée de rire d’un côté, matinée de recueillement de l’autre : à quelques jours d’intervalle, Soisy montre les deux visages d’une vie locale qui sait, sans se contredire, alterner la fête et la mémoire, le plateau de scène et le pavé du souvenir. Cœur de la vie culturelle de la ville, la salle Le Trèfle rythme les soirées soiséennes tout au long de l’automne.
Pour la commémoration, le rendez-vous est donné sans inscription : il suffit de se joindre au cortège. Les trois lieux – église Saint-Germain, cimetière communal, puis parvis de l’Hôtel de Ville – sont rappelés par la municipalité, qui invite petits et grands à y prendre part. L’enjeu n’est pas seulement protocolaire : il s’agit de transmettre aux plus jeunes le sens d’une date que l’école, elle aussi, commémore désormais dans les jours qui l’entourent. Une gerbe déposée sous les yeux d’un enfant pèse souvent plus lourd qu’un long chapitre de manuel. C’est à cet âge, dit-on, que se gravent les habitudes du cœur.
À Soisy, le souvenir ne tient décidément pas dans une plaque : il se marche, d’une station à l’autre, jusqu’au pied du monument aux morts de la commune. Un siècle a passé, les derniers témoins ont disparu, mais la ville continue, chaque automne, de déposer ses gerbes et d’observer son silence. Pour que les noms gravés dans la pierre ne deviennent jamais de simples lignes que plus personne ne lit, et pour que la promesse tenue depuis 1918 – ne pas les oublier – traverse encore une génération.