Le conflit au Moyen-Orient commence déjà à peser sur l’activité des entreprises franciliennes, selon une enquête menée par la CCI Paris Île-de-France via son département études et prospective, le Crocis.
L’étude met en évidence une réalité désormais tangible pour de nombreux acteurs économiques : les conséquences de la crise ne relèvent plus seulement de l’anticipation, elles se manifestent déjà dans le quotidien des entreprises. La hausse des coûts, les tensions d’approvisionnement, les délais plus instables et la volatilité des prix créent un environnement plus difficile à piloter. Si certaines activités de services semblent, à ce stade, un peu moins touchées que d’autres, aucune branche n’échappe totalement aux répercussions du conflit. L’ensemble du tissu économique francilien est donc exposé, à des degrés divers, à un choc dont les effets pourraient s’amplifier si la situation géopolitique venait à durer.
Le principal sujet de préoccupation concerne la capacité des entreprises à absorber durablement la hausse des charges et l’instabilité qui en découle. Les chefs d’entreprise redoutent en particulier la progression des coûts de l’énergie et des intrants, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, mais aussi les difficultés liées à l’incertitude générale, qui peut freiner les investissements, retarder certaines décisions stratégiques et peser sur l’activité commerciale.
Dans ce contexte, la CCI Paris Île-de-France cherche avant tout à mieux identifier les fragilités du tissu économique régional afin d’adapter son accompagnement. L’objectif est double : repérer les secteurs les plus exposés et fournir aux pouvoirs publics des éléments d’analyse utiles pour ajuster les dispositifs de soutien. L’enquête doit ainsi servir d’outil d’aide à la décision dans une période où les entreprises doivent composer avec un environnement dégradé, sans visibilité claire sur l’évolution de la crise.
Les premiers résultats montrent que certains secteurs se déclarent particulièrement affectés. Le transport-logistique arrive en tête, avec 82 % d’entreprises se disant touchées, suivi du commerce à 76 %, de la construction à 72 % et de l’industrie à 64 %. Cette hiérarchie reflète la sensibilité de ces activités aux coûts de transport, aux difficultés d’approvisionnement et à la hausse des prix des matières premières. Les entreprises les plus dépendantes des flux physiques et des échanges internationaux apparaissent logiquement parmi les plus vulnérables.
Les chiffres issus de l’enquête confirment l’ampleur des tensions déjà ressenties par les dirigeants franciliens. 94 % des répondants constatent une hausse des coûts liés au carburant depuis le début du conflit. 81 % estiment que la situation pèse déjà sur leur activité, que ce soit par une baisse de la demande ou par un climat d’incertitude plus marqué. 64 % déclarent avoir mis en place des mesures spécifiques pour s’adapter, comme la réduction des déplacements, l’ajustement des prix ou le report de certains investissements. Par ailleurs, 37 % jugent leur entreprise en risque critique en cas d’aggravation du conflit, même si ce risque n’apparaît pas encore immédiat pour eux.
L’exposition internationale constitue un autre point de fragilité. Parmi les entreprises interrogées, 21 % déclarent avoir une activité à l’export. Dans ce groupe, 51 % signalent déjà des difficultés, qu’il s’agisse de retards, de surcoûts ou de ruptures. En parallèle, 32 % indiquent que leurs importations transitent par des zones affectées par le conflit, dont le détroit d’Ormuz, un passage stratégique dont la fermeture partielle ou les tensions peuvent rapidement perturber les échanges et renchérir les coûts logistiques. Ces données montrent que les effets de la crise ne sont pas uniformes, mais qu’ils frappent particulièrement les entreprises dépendantes du commerce international et des chaînes d’approvisionnement mondialisées.
L’enquête souligne également que les besoins de soutien public ne sont pas perçus de la même manière par toutes les entreprises. 41 % des répondants estiment ne pas avoir besoin, à ce stade, d’un accompagnement particulier. Cette donnée montre qu’une partie du tissu économique reste encore capable d’absorber le choc ou juge disposer de marges d’adaptation suffisantes. Pour autant, cette relative résistance ne doit pas masquer la vulnérabilité d’autres entreprises, notamment les plus petites, qui disposent souvent de moins de trésorerie, de moins de capacités de négociation avec leurs fournisseurs et de moins de marges pour répercuter les hausses de coûts.
La CCI Paris Île-de-France insiste enfin sur son rôle d’appui auprès des entreprises franciliennes. Elle dit vouloir les aider à mesurer les conséquences économiques de la crise, à adapter leurs stratégies et à traverser cette période d’incertitude. L’institution rappelle qu’en temps de tension internationale, l’information économique, l’anticipation et l’accompagnement de proximité deviennent des leviers essentiels de résilience. Cette logique est importante pour les TPE et les PME, souvent les plus exposées aux chocs extérieurs.
CCI Paris Île‑de‑France : impact du conflit au Moyen‑Orient
Par Assia Bedja
Publié le 2 mai 2026 à 08h54 – Temps de lecture : 5 minutes
