Le Plan d’Épargne Retraite (PER), initialement instauré dans le paysage financier français par le biais de la loi PACTE pour simplifier et harmoniser les anciens produits de préparation à la retraite, vient de franchir un cap historique et hautement symbolique à la clôture de l’exercice 2025. Avec un volume global d’actifs sous gestion qui culmine désormais à 150,4 milliards d’euros pour un total de 12,9 millions de titulaires à travers le pays, ce placement confirme sa trajectoire ascendante et s’impose définitivement comme un pilier incontournable de la gestion patrimoniale des ménages. Les données financières consolidées et publiées par les grandes fédérations professionnelles du secteur (notamment France Assureurs, l’AFG, la FNMF et la FIPS) mettent en lumière une accélération spectaculaire de la collecte : les encours globaux ont bondi de 20 % sur la seule année 2025, affichant une croissance remarquable de 46 % sur un horizon de seulement deux ans.
Cette ferveur des épargnants et cette confiance renouvelée se vérifient de manière homogène sur l’ensemble des compartiments qui composent le produit. Les enveloppes de PER individuels, souscrites directement par les particuliers auprès de leur banquier ou de leur assureur, captent logiquement la part du lion avec un encours de 88,5 milliards d’euros, porté par une hausse annuelle de 21 %. Le segment de l’épargne d’entreprise n’est pas en reste et démontre l’implication croissante des employeurs dans les dispositifs de co-investissement : les formules collectives (Perco) affichent la plus forte progression relative de l’année avec un bond de 22 % pour atteindre 33,86 milliards d’euros, tandis que les plans d’entreprise obligatoires (Pero) maintiennent une croissance solide de 13 %, s’établissant à 28,04 milliards d’euros.
Au-delà de sa fonction première de prévoyance individuelle permettant aux actifs d’anticiper la baisse de leurs revenus futurs, le PER s’est transformé en un instrument macroéconomique de premier plan pour les autorités publiques. En incitant les ménages à bloquer leurs liquidités sur le très long terme, le mécanisme permet de réorienter l’épargne populaire vers des placements productifs et de combler le déficit de financement des entreprises européennes. L’adossement récent de ce dispositif aux critères exigeants de la loi Industrie verte a considérablement renforcé cette dynamique. Ce cadre législatif impose en effet aux sociétés de gestion d’actifs et aux compagnies d’assurances d’intégrer des poches de gestion profilée fléchées vers l’économie réelle, notamment sous la forme de capital-investissement (private equity) dans les PME et ETI, de fonds d’infrastructures de transition ou d’actions de petites entreprises cotées. À ce jour, plus de 60 % des encours du PER contribuent directement au financement des bilans d’entreprises, dont plus de 5 milliards d’euros injectés dans le capital non coté, souvent difficile d’accès pour les investisseurs particuliers.
Cette intégration vertueuse dans le tissu économique national et européen est appelée à s’intensifier tout au long de l’année 2026. L’entrée en vigueur progressive des derniers décrets d’application et des nouvelles exigences réglementaires de la loi Industrie verte devrait amplifier la réorientation des flux financiers. Cette stratégie s’aligne d’ailleurs de manière très étroite sur les grandes orientations de relance industrielle et de renforcement de la souveraineté économique préconisées à l’échelle du continent, faisant directement écho aux ambitions de compétitivité formulées dans le rapport Draghi sur l’avenir de l’économie européenne. Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Roland Lescure, s’est publiquement félicité de ce succès, rappelant que cette accumulation historique d’épargne longue constituait une opportunité majeure pour garantir l’indépendance financière et la capacité d’innovation des entreprises à l’échelle européenne.

