Cannes franchit une nouvelle étape dans la transition écologique de ses transports publics. Depuis le lancement officiel de sa station d’hydrogène vert, l’agglomération Cannes Lérins peut désormais faire rouler une partie de ses bus grâce à une énergie produite localement à partir d’eaux usées traitées. Une première en France, selon les acteurs du projet.
Cette innovation concerne le réseau Palm Bus. Quatorze premiers bus à hydrogène vont progressivement circuler sur les lignes A, B, 1 et 2. À terme, l’agglomération veut porter cette flotte à 41 véhicules d’ici 2033. Ces nouveaux bus remplaceront peu à peu les véhicules thermiques fonctionnant au biocarburant.
Le principe repose sur une production en circuit court. La station d’hydrogène a été construite directement au sein du dépôt de bus, avenue de la Roubine, à Cannes. Elle se situe aussi à proximité de la station d’épuration Aquaviva. Ainsi, l’unité récupère de l’eau non potable issue des eaux usées traitées pour produire de l’hydrogène renouvelable.
Grâce au procédé de l’électrolyse, la station sépare la molécule d’eau en deux éléments : l’hydrogène d’un côté et l’oxygène de l’autre. Ensuite, elle stocke l’hydrogène sur place avant de l’injecter dans les bus. Cette organisation limite les transports d’énergie et réduit l’impact environnemental du dispositif.
Cette solution présente donc un double avantage. D’abord, elle évite l’utilisation d’eau potable pour produire le carburant. Ensuite, elle permet à l’agglomération de fabriquer localement une énergie décarbonée. Pour Cannes Lérins, ce modèle répond à un enjeu concret : faire circuler des bus propres sans dépendre d’une production lointaine.
Les véhicules fonctionnent ensuite grâce à une pile à combustible. À bord, l’hydrogène se transforme en électricité pour alimenter le moteur. Contrairement à un bus électrique classique, le véhicule ne dépend pas uniquement de batteries lourdes à recharger pendant plusieurs heures. Par conséquent, l’exploitation devient plus souple pour le réseau.
L’autonomie constitue d’ailleurs l’un des grands arguments de cette technologie. Un bus électrique classique parcourt environ 200 kilomètres avant de devoir recharger longuement ses batteries. Un bus à hydrogène peut, lui, atteindre jusqu’à 400 kilomètres selon les conditions d’utilisation. De plus, son plein prend environ 15 minutes, contre plusieurs heures pour une recharge électrique complète.
Pour Palm Bus, cette différence change beaucoup de choses. Les véhicules peuvent rester plus longtemps sur les lignes et revenir plus rapidement en service. Cette performance intéresse particulièrement les réseaux urbains qui doivent assurer des rotations régulières tout au long de la journée.
Sur le plan environnemental, l’agglomération met aussi en avant un gain important. Selon David Lisnard, président de Cannes Lérins et maire de Cannes, cette opération permettra d’éviter 3 228 tonnes de CO2 chaque année. Cela correspondrait à l’équivalent de 1 700 voitures retirées de la circulation.
Le projet représente toutefois un investissement lourd. La station de production a coûté environ 15 millions d’euros. L’achat des bus représente, lui, près de 35 millions d’euros. Au total, l’opération atteint donc 50 millions d’euros. Néanmoins, l’agglomération assure que cette modernisation ne fera pas augmenter le prix du ticket pour les usagers.
Ce lancement s’inscrit dans une stratégie plus large. Depuis 2023, la flotte Palm Bus ne repose déjà plus sur des véhicules diesel classiques. Le réseau utilise des bus électriques et des bus roulant au biocarburant français. Désormais, l’hydrogène vert complète cette évolution et permet d’aller plus loin dans la décarbonation.
Cannes veut aussi faire de cette station une vitrine technologique. En utilisant une ressource locale issue du traitement des eaux usées, l’agglomération transforme un déchet en levier de mobilité propre. Ainsi, le projet montre qu’une ville peut associer transports, gestion de l’eau et réduction des émissions dans une même stratégie.
Cette première française sera désormais observée de près par d’autres collectivités. Si le modèle confirme ses performances, il pourrait inspirer d’autres réseaux de transport public. Pour Cannes, l’enjeu dépasse donc les seules lignes de bus. La ville veut montrer qu’une innovation locale peut répondre à la fois aux défis climatiques, économiques et pratiques du quotidien.

