Et si nos poubelles racontaient l’histoire ? C’est le pari de l’exposition « Ça en jette ! Quand l’archéologie s’intéresse à nos déchets », présentée depuis le 13 juin et jusqu’au 30 décembre au Musée départemental de préhistoire d’Île-de-France, à Nemours. Le temps d’un été et d’un automne, l’établissement invite le public à poser un regard neuf sur ce que les sociétés produisent, consomment, abandonnent… et parfois recyclent.
Loin d’être de simples rebuts, les déchets constituent en effet une source précieuse pour les chercheurs. Restes de repas, objets cassés, fragments de poterie ou contenus de fosses livrent une foule d’informations sur les modes de vie, l’alimentation et les habitudes de consommation des populations qui nous ont précédés. Ce que l’on jette en dit souvent plus long que ce que l’on conserve : c’est tout le paradoxe que l’exposition se propose d’explorer, des temps anciens à aujourd’hui.
Pour le démontrer, le musée puise dans des collections largement inédites, issues de grandes fouilles menées sur le territoire seine-et-marnais. Le visiteur y découvre notamment les vestiges de l’atelier monétaire de Châteaubleau, les contenus des latrines du château de Blandy-les-Tours, ou encore d’étonnantes caches d’or mises au jour dans les latrines du château de Fontainebleau. Autant de trouvailles qui rappellent que l’histoire se niche parfois dans les recoins les plus inattendus.
Concrètement, ces vestiges en disent long. Os, coquilles et restes alimentaires renseignent sur ce que l’on mangeait ; tessons et objets manufacturés révèlent les savoir-faire artisanaux et les circuits d’échange ; les rebuts accumulés dessinent, couche après couche, le portrait d’une époque. Là où le visiteur ne verrait que des détritus, l’archéologue lit une mine d’indices, patiemment datés, classés et interprétés pour faire parler des sociétés disparues.
Le propos résonne aussi avec les préoccupations contemporaines. En montrant que le tri, le réemploi et la réparation ne sont pas des inventions récentes, l’exposition souligne la longue histoire de la gestion des déchets et du recyclage. Nos ancêtres réparaient, réutilisaient et transformaient bien avant que ces gestes ne deviennent des enjeux écologiques majeurs. De quoi nourrir une réflexion sur notre propre rapport à la consommation et au gaspillage.
Au-delà de l’exposition temporaire, le musée conserve d’importantes collections permanentes consacrées à la préhistoire et à l’archéologie régionales, des premiers occupants du territoire jusqu’aux périodes plus récentes. Tout au long de l’année, visites guidées et ateliers viennent prolonger la découverte et permettre au public d’approcher de plus près le travail des archéologues, depuis la fouille jusqu’à l’étude en laboratoire.
Pensée pour tous les publics, l’exposition n’oublie pas les plus jeunes. Un espace spécialement aménagé pour les enfants leur permet de comprendre, de manière ludique, comment un déchet d’hier devient l’indice précieux qui aide les archéologues à reconstituer le passé. Une approche familiale qui fait du musée de Nemours une sortie idéale pour les vacances, à la croisée du jeu, de la science et de la découverte du patrimoine local.
Le lieu lui-même mérite le détour. Installé en lisière de la forêt de Nemours, dans un écrin de verdure et de rochers, le musée occupe un bâtiment signé de l’architecte Roland Simounet, considéré comme un bel exemple d’architecture moderne fondue dans son paysage. Lumière naturelle, volumes épurés et dialogue avec la nature environnante font de la visite une expérience à part entière, où le contenant répond au contenu. L’établissement, propriété du Département, figure parmi les références de la médiation archéologique en Île-de-France.
Niché dans ce cadre, le Musée départemental de préhistoire d’Île-de-France conforte avec cette exposition sa vocation : rendre l’archéologie accessible et vivante. Ouvert tout l’été, il offre aux Seine-et-Marnais comme aux visiteurs de passage l’occasion de redécouvrir, à quelques kilomètres de chez eux, la richesse insoupçonnée du sous-sol départemental – et de poser un autre regard sur ce que nous jetons.
Nemours : l’archéologie fouille nos déchets
Par Marc Blanc
Publié le 26 juin 2026 à 14h25 – Temps de lecture : 4 minutes
