C’est une cérémonie solennelle qui s’est tenue place du Panthéon, dans le 5e arrondissement, ce 23 juin. Présidé par le président de la République, l’hommage national a vu les cercueils symboliques de Marc Bloch et de son épouse Simonne remonter vers le monument illuminé pour l’occasion, devant un parterre d’officiels, de descendants de la famille et de simples citoyens. Discours, lectures de textes et séquences musicales ont rythmé une soirée pensée comme un moment de mémoire collective. Autour de l’édifice, la circulation et le stationnement avaient été restreints dès le 20 juin, le temps d’installer les dispositifs de la commémoration et d’accueillir un public venu, parfois de loin, assister à l’événement. Pour beaucoup de Parisiens, l’illumination du dôme aura symboliquement marqué l’entrée de l’historien dans la mémoire de la Nation.
Né à Lyon en 1886, Marc Bloch s’impose dès l’entre-deux-guerres comme l’un des historiens les plus influents de son temps. En 1929, il fonde avec Lucien Febvre la revue des Annales, qui donnera son nom à toute une école de pensée. Contre une histoire réduite à la chronologie des batailles et des règnes, les Annales défendent une approche attentive aux sociétés, aux économies et aux mentalités. On lui doit aussi des ouvrages devenus des classiques, des Rois thaumaturges à La Société féodale. Cette révolution méthodologique a durablement transformé la manière d’écrire l’histoire en France et bien au-delà, faisant de Bloch une référence enseignée aujourd’hui encore dans les universités du monde entier.
Mais l’historien fut aussi un homme d’action. Mobilisé lors des deux guerres mondiales, il tire de la débâcle de 1940 un essai lucide, L’Étrange Défaite, longtemps demeuré inédit, où il dissèque les causes de l’effondrement français. Juif et patriote, écarté de l’université par les lois antisémites de Vichy, il rejoint la Résistance et entre dans la clandestinité à Lyon en 1943. Arrêté par la Gestapo, torturé, il est fusillé le 16 juin 1944, à quelques kilomètres de Lyon. Jusqu’au bout, il aura continué d’écrire : son Apologie pour l’histoire, restée inachevée, demeure le testament d’un savant convaincu de l’utilité de sa discipline.
En accueillant Marc Bloch, le Panthéon reçoit pour la première fois un historien. La distinction, décidée par le chef de l’État, salue, selon les mots officiels « son œuvre, son enseignement et son courage » – une formule qui réunit le savant et le résistant. À ses côtés, son épouse Simonne, née Vidal, est honorée pour son rôle et son soutien constant. La panthéonisation entend rappeler une conviction chère à Bloch : comprendre le passé est une exigence pour éclairer le présent et défendre les valeurs républicaines.
Pour les Parisiens comme pour les visiteurs, l’hommage ne s’arrête pas à la cérémonie. Dès le 24 juin, et jusqu’au 31 décembre, le Panthéon présente l’exposition « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire », qui retrace le parcours de l’intellectuel et du citoyen. L’année 2026 a d’ailleurs été placée sous le signe de Marc Bloch par le Centre des monuments nationaux, qui multiplie conférences et rendez-vous autour de sa pensée. Les établissements scolaires sont, eux, invités à faire découvrir aux élèves la figure de l’historien-résistant, tandis que le monde de la recherche salue celui qui a renouvelé en profondeur sa discipline.
À l’heure où le débat public s’interroge sur la place des intellectuels, l’entrée de Marc Bloch au Panthéon offre un repère : celui d’un homme qui aura fait de l’histoire une discipline rigoureuse, et de sa liberté un combat. Un héritage que la capitale, où il vécut et enseigna, contribue désormais à transmettre.
Hommage : Marc Bloch au Panthéon
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 25 juin 2026 à 10h22 – Temps de lecture : 4 minutes
