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Saint-Ouen : le raï raconte son histoire

Par Renaud Morelli
Publié le 25 juin 2026 à 11h37 – Temps de lecture : 4 minutes

Né dans l’Ouest algérien et devenu, en quelques décennies, une musique planétaire, le raï s’offre une rétrospective de choix en Seine-Saint-Denis. Jusqu’au 20 septembre, Saint-Ouen-sur-Seine accueille « Ya Rayi ! Une histoire de la musique raï », une exposition immersive et gratuite consacrée à ce genre populaire qui, des fêtes oranaises aux scènes internationales, a accompagné plusieurs générations de part et d’autre de la Méditerranée.
L’exposition prend ses quartiers au château de Saint-Ouen, qui abrite le conservatoire municipal, au 12 rue Albert-Dhalenne. Elle s’inscrit dans la Saison Méditerranée de la ville et a été inaugurée le 21 juin, jour de la Fête de la musique, lors d’une soirée festive. Un cadre symbolique pour une musique de fête et de transmission, présentée ici non comme une curiosité exotique, mais comme un patrimoine culturel à part entière.
Le parcours retrace l’émergence du raï, depuis ses origines au sein des familles algériennes au début du XXe siècle jusqu’à son rayonnement mondial. À travers sons, images et archives, il déroule le fil d’une aventure musicale faite de ruptures et de métissages, où se lisent en filigrane l’histoire de l’Algérie, celle de l’immigration et celle, plus intime, de millions d’auditeurs attachés à ces mélodies.
Aux origines, il y a la région d’Oran, ses cheikhas et ses chanteurs de fête. Longtemps jugé sulfureux pour la liberté de ton de ses paroles, qui évoquaient sans détour l’amour, l’exil ou la condition des femmes, le raï s’est d’abord transmis dans les mariages et les cabarets avant de gagner le disque. Des figures pionnières, à l’image de Cheikha Rimitti, en ont posé les fondations, ouvrant la voie à toute une génération.
C’est dans les années 1980 et 1990 que le raï explose, porté par les « chebs » et par son arrivée en France. Khaled, Cheb Mami ou Cheb Hasni en deviennent les visages, et certains titres franchissent les frontières pour s’installer durablement dans les hit-parades. De genre régional, le raï se mue alors en phénomène international, intégrant claviers, boîtes à rythmes et sonorités pop, sans rien perdre de la charge émotionnelle qui fait sa force.
Cette traversée, l’exposition la doit à un travail collectif. Portée par Canal 93, scène de musiques actuelles bien connue du département, elle a été coproduite avec Felfel Factory et l’Institut du monde arabe de Tourcoing. Le résultat conjugue rigueur documentaire et plaisir sensoriel, pour une immersion accessible aussi bien aux passionnés qu’aux curieux découvrant cet univers musical pour la première fois.
Le choix de Saint-Ouen n’a rien d’anodin. En Seine-Saint-Denis, terre d’immigration et de brassage, le raï n’est pas une musique lointaine : il fait partie de la bande-son familière de nombreux foyers, écouté des grands-parents aux petits-enfants. En lui consacrant une exposition, la ville reconnaît la place de ce répertoire dans la mémoire collective et invite toutes les générations à se le réapproprier, ensemble.
Trois décennies après son âge d’or, le raï continue d’irriguer la création. Ses mélodies, ses thèmes et son énergie nourrissent aujourd’hui le rap, la pop et les musiques actuelles, et nombre de jeunes artistes français revendiquent volontiers cet héritage, quitte à le réinventer. En donnant à voir cette filiation, l’exposition souligne combien le raï demeure une matière vivante, sans cesse réinterprétée. De Cheikha Rimitti aux scènes d’aujourd’hui, c’est toute une généalogie musicale qui se dessine, reliant les rives de la Méditerranée aux quartiers populaires d’Île-de-France et confirmant que cette histoire est loin d’être refermée.