On la croyait reléguée aux vitrines des bibliothèques et aux manuscrits du Moyen Âge. L’enluminure, pourtant, n’a jamais cessé de vivre. Jusqu’au 7 juillet, l’hôtel de ville d’Issy-les-Moulineaux en offre une éclatante démonstration avec une exposition réunissant plus d’une vingtaine d’artistes, qui prouvent que cet art ancestral a toujours, au XXIe siècle, des choses à dire et de la lumière à offrir.
Art d’orner les manuscrits de lettrines ornées, de motifs minutieux, d’ors et de couleurs éclatantes, l’enluminure a accompagné, des siècles durant, la copie des textes sacrés et profanes. Chaque page relevait d’un travail d’orfèvre, où la patience le disputait à la précision. C’est ce savoir-faire exigeant, longtemps réservé aux scriptoria des monastères, que l’exposition isséenne propose de redécouvrir sous un jour résolument vivant.
L’événement gravite autour du Citil, l’école d’enluminure installée à Issy-les-Moulineaux, et de la figure du maître enlumineur Jean-Luc Leguay. Autour de lui, ce sont plus de vingt artistes et élèves de l’école qui exposent leurs œuvres, témoignant de la vitalité d’une transmission entre générations. Du maître chevronné à l’élève qui découvre la feuille d’or, c’est toute une chaîne de gestes et de regards qui se donne à voir.
L’exposition fait suite à la parution de l’ouvrage « Le manuscrit enluminé des saints », publié aux éditions Cépaduès. Dans son sillage, elle invite à considérer l’enluminure non comme une relique du passé, mais comme un art vivant : un chemin de contemplation et de transmission de la lumière, où le geste lent et la matière précieuse deviennent une forme de méditation autant qu’une création.
À rebours de l’époque numérique et de l’image instantanée, cet art de la patience détonne. Préparer les pigments, poser la feuille d’or, tracer des entrelacs au pinceau le plus fin : autant de gestes lents qui réclament des heures de travail pour quelques centimètres carrés. Dans un monde de la vitesse, l’enluminure rappelle la valeur du temps long et du travail bien fait, et offre au regard une densité que peu d’images modernes parviennent à égaler.
Au-delà des œuvres exposées, c’est aussi la question de la transmission qui se joue. En formant de nouveaux praticiens, l’école d’Issy contribue à perpétuer un savoir-faire rare, qui aurait pu se perdre. L’exposition donne ainsi à voir non seulement des réalisations achevées, mais une communauté vivante, soudée autour d’une passion commune et du désir de faire vivre, encore, un patrimoine immatériel précieux.
Présentée à l’hôtel de ville, au 62 rue du Général-Leclerc, et soutenue par la municipalité, la manifestation s’inscrit dans la politique culturelle d’une ville souvent associée à l’innovation et au numérique. Le contraste n’en est que plus savoureux : la cité réputée pour ses entreprises de pointe accueille ici l’un des plus anciens des arts, comme pour rappeler que modernité et tradition peuvent parfaitement cohabiter.
Concrètement, le visiteur découvre des feuillets où saints et figures sacrées se détachent sur des fonds d’or, encadrés d’entrelacs végétaux et de couleurs profondes. Bleus intenses, rouges éclatants, rehauts dorés qui accrochent la lumière : chaque pièce se contemple comme un petit théâtre de patience. Loin de se contenter d’imiter les modèles anciens, les enlumineurs d’aujourd’hui réinterprètent la tradition et y glissent leur sensibilité propre. Le résultat dialogue avec les grands manuscrits médiévaux tout en affirmant une création bien vivante, sortie de mains contemporaines.
Issy-les-Moulineaux : l’art de l’enluminure
Par Assia Bedja
Publié le 26 juin 2026 à 15h36 – Temps de lecture : 4 minutes
