Santé publique France a rendu public, en ce début de juillet 2026, un bilan qui couvre dix années de suivi. Ce panorama de la santé périnatale, entre 2012 et 2024, dessine des évolutions contrastées. Certains indicateurs progressent, d’autres reculent nettement. L’agence sanitaire y examine toute la période qui entoure la naissance, de la grossesse aux premières semaines de vie de l’enfant, ainsi que la santé des mères.
Le constat le plus préoccupant concerne la mortalité infantile. En 2024, la France a enregistré 4,08 décès pour 1 000 naissances vivantes, un chiffre qui augmente d’environ 1 % par an depuis 2014. Le pays se classe désormais au vingt et unième rang sur vingt-sept au sein de l’Union européenne. Cette hausse tient surtout à la mortalité néonatale, c’est-à-dire aux décès survenant durant les vingt-huit premiers jours. Concrètement, plus de la moitié de ces décès sont liés à des complications de la période périnatale et près d’un sur cinq à une anomalie congénitale. À l’inverse, la mortalité plus tardive reste stable.
La prématurité offre une image plus nuancée. Sa fréquence globale a légèrement diminué, passant de 7,3 % des naissances en 2012 à 6,7 % en 2024. En revanche, la grande prématurité, la plus lourde de conséquences pour l’enfant, a progressé de 0,31 % à 0,43 % sur la même période. Par ailleurs, les anomalies congénitales touchent 3,5 % des naissances, une proportion supérieure à la moyenne européenne.
La santé des femmes avant et pendant la grossesse explique une partie de ces tendances. L’âge moyen des mères atteint désormais 31,1 ans, et une sur quatre a plus de 35 ans au moment de l’accouchement. Le surpoids ou l’obésité concernent près de 38 % des futures mères. Surtout, le diabète gestationnel a doublé en dix ans, touchant 15 % des grossesses en 2024 contre 7,5 % en 2012. Ce trouble, qui apparaît pendant la grossesse, expose la mère et l’enfant à un accouchement plus compliqué et à des risques accrus. Les troubles liés à l’hypertension concernent quant à eux 5,5 % des femmes enceintes. Or ces facteurs augmentent les risques pour la mère comme pour l’enfant.
Le rapport met aussi en lumière un pan longtemps resté dans l’ombre de la santé périnatale, la santé mentale des mères. Deux mois après l’accouchement, 17 % des femmes présentent des symptômes dépressifs, soit près d’une sur six. Les manifestations d’anxiété touchent 27 % d’entre elles, et 5,5 % rapportent des pensées suicidaires. Ces moyennes nationales masquent de fortes disparités, puisque près de 30 % des femmes déclarent des symptômes dépressifs en Guadeloupe, contre 17 % dans l’Hexagone. Ces difficultés restent largement sans réponse. En effet, 73 % des femmes en souffrance psychologique n’ont bénéficié d’aucun accompagnement en santé mentale pendant leur grossesse. De plus, le suicide constitue la première cause de mortalité maternelle depuis 2013, avec une quinzaine de décès chaque année.
La prévention avant la conception demeure elle aussi insuffisante. Seules 27 % des femmes prennent de l’acide folique avant leur grossesse, alors que cette vitamine réduit fortement le risque de malformations. Par ailleurs, moins de 16 % reçoivent une information sur le cytomégalovirus, une infection dangereuse pour le fœtus. L’entretien prénatal précoce, censé repérer tôt les fragilités, n’a concerné que 62 % des femmes en 2024, et son équivalent après la naissance à peine 25 %. Néanmoins, tout n’est pas négatif. Le tabagisme au troisième trimestre a reculé pour s’établir autour de 11,8 %, un signe encourageant.
Ce bilan s’inscrit dans un contexte de baisse marquée des naissances. La France a compté environ 660 000 bébés en 2024, soit 160 000 de moins qu’en 2012. Pour Santé publique France, ces résultats sur la santé périnatale appellent à renforcer le suivi médical avant, pendant et après la grossesse, et à mieux intégrer la santé mentale des mères dans le parcours de soins. Le bilan national détaillé reste consultable pour qui veut entrer dans le détail des indicateurs. Derrière ces chiffres se joue une même promesse, celle d’un départ le plus égal possible dans la vie pour chaque enfant, dès les toutes premières semaines.

