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À Istres, le projet d’incinérateur porté par Suez reçoit un avis défavorable

Tuyauteries d'une installation industrielle visée par une enquête publique
Par Anais Malise
Publié le 17 août 2026 à 11h40 – Temps de lecture : 4 minutes

En cette mi-août 2026, la municipalité d’Istres a accueilli avec satisfaction une décision qui marque un tournant dans un dossier environnemental sensible. Le commissaire-enquêteur chargé d’examiner le projet d’unité d’incinération de déchets porté par le groupe Suez a rendu un avis défavorable à l’issue d’une enquête publique. Cette prise de position conforte la ligne défendue par la ville et par une large part de ses habitants. Elle relance aussi le débat sur l’avenir industriel d’un territoire déjà très sollicité.

Le projet en question portait sur une unité destinée à brûler des combustibles solides de récupération, un type de déchet transformé en source d’énergie. Concrètement, ces installations valorisent des ordures qui ne peuvent plus être recyclées, en produisant de la chaleur ou de l’électricité. Toutefois, elles suscitent souvent des inquiétudes chez les riverains, en raison des émissions qu’elles rejettent et de leur emprise sur le paysage. Dès lors, l’implantation d’un tel équipement ne va jamais de soi. Elle exige une concertation approfondie et une acceptation locale que rien ne garantit d’avance.

L’enquête publique a révélé une mobilisation d’une ampleur peu commune. Au total, 4 114 contributions ont été déposées par les habitants et les acteurs du territoire. Le commissaire-enquêteur a lui-même jugé cette participation exceptionnelle par son ampleur. Fait plus marquant encore, entre 80 et 89 % des avis exprimés se sont révélés défavorables au projet. Cette proportion traduit un rejet massif, rarement observé dans ce type de procédure. Elle donne à l’avis rendu un poids politique difficile à contourner.

La nouvelle équipe municipale, conduite par le maire Robin Prétot, a découvert ce dossier peu après son élection. Jusque-là, le projet était resté largement méconnu de la population. Face à ce constat, la ville a choisi d’informer les habitants et de les inciter à se saisir de l’enquête publique. Ainsi, deux réunions publiques ont été organisées pour exposer les enjeux et permettre à chacun de se forger une opinion. Cette démarche a manifestement porté ses fruits, au vu de l’affluence enregistrée pendant la consultation.

Dans ses conclusions, le commissaire-enquêteur a insisté sur l’importance du dialogue en amont. Selon son analyse, la concertation constitue un préalable indispensable pour qu’un projet soit compris, puis approprié par la population. Or il a estimé que la démarche menée par Suez était restée insuffisante sur ce point. Autrement dit, le porteur du projet n’aurait pas assez associé les habitants à sa réflexion. Ce déficit d’écoute a nourri la défiance et fragilisé l’ensemble du dossier.

Cette procédure n’a pourtant rien d’anecdotique. L’enquête publique offre un cadre légal où chaque citoyen peut consigner ses observations avant qu’une autorité ne tranche. L’avis du commissaire ne lie pas juridiquement l’État, mais il pèse lourd dans la décision finale. C’est pourquoi un avis défavorable, adossé à une participation aussi forte, envoie un signal difficile à ignorer pour les services préfectoraux. En clair, la balle se trouve désormais dans le camp de l’État, qui devra se prononcer sur la suite à donner.

Robin Prétot a tenu à souligner que cette avancée revient d’abord aux citoyens mobilisés. Pour lui, le mérite appartient à celles et ceux qui ont pris le temps de s’exprimer. Néanmoins, il appelle à la prudence. Tant que le projet n’est pas définitivement écarté, la vigilance reste de mise. La commune entend donc poursuivre ses démarches auprès des services de l’État afin d’obtenir un rejet complet et durable.

Au-delà du seul cas istréen, ce dossier illustre le poids grandissant de la parole citoyenne dans les décisions d’aménagement. Les habitants du pourtour de l’étang de Berre, secteur déjà marqué par une forte présence industrielle, se montrent particulièrement attentifs à la qualité de leur cadre de vie. Pour eux, l’enjeu dépasse la seule gestion des déchets. Il touche à la santé, à l’environnement et à l’avenir d’un bassin de vie qui cherche à concilier activité économique et préservation de son air. Enfin, l’attention se porte maintenant sur la réponse que l’État apportera à cet avis, car elle scellera le sort du projet.