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Crise à Ligne d’Azur : entre plaintes pour détournement de fonds, suspensions en cascade et accusations de harcèlement, la régie des transports de Nice plonge dans la tourmente

Par Moira O'Deorain
Publié le 25 août 2026 à 13h40 – Temps de lecture : 4 minutes

La régie Ligne d’Azur traverse la pire crise de son histoire. En quelques semaines, plusieurs cadres dirigeants ont été suspendus. Des plaintes pénales pour détournement de fonds et emplois fictifs visent désormais l’entreprise publique. En parallèle, des accusations de harcèlement moral et des menaces physiques empoisonnent le climat social. Les lanceurs d’alerte dénoncent des représailles. La direction parle de remise en ordre. Entre les deux versions, le fossé ne cesse de se creuser.

Tout a commencé par une volonté de transparence. En effet, la directrice générale avait lancé six audits dès sa prise de fonction. Ces contrôles portaient sur la maintenance, le lavage, la technique, les ressources humaines, les accords d’entreprise et les comptes du comité social et économique (CSE). L’objectif affiché consistait à assainir le fonctionnement de cette régie publique créée en 2013 par la Métropole Nice Côte d’Azur.

Cependant, les résultats de ces audits ont visiblement dérangé. Plusieurs hauts dirigeants et syndicalistes dénoncent en effet une chasse aux sorcières. Selon eux, les cadres qui ont signalé des dysfonctionnements subissent aujourd’hui des représailles. Suspensions à titre conservatoire, mises à l’écart et pressions : les lanceurs d’alerte affirment payer le prix de leur transparence.

La directrice générale elle-même n’a d’ailleurs pas échappé à cette vague. Elle a en effet été suspendue à titre conservatoire. Cette décision interroge d’autant plus qu’elle portait justement les audits destinés à faire la lumière sur les pratiques internes. Ses partisans y voient donc la preuve que quelqu’un cherche à étouffer les révélations.

Par ailleurs, plusieurs plaintes pénales alourdissent considérablement le dossier. Des soupçons de détournement de fonds publics et d’emplois fictifs visent la régie. Ces plaintes émanent de personnes qui affirment avoir constaté des irrégularités dans la gestion de l’entreprise. La justice devra déterminer si ces accusations reposent sur des faits avérés ou relèvent de règlements de comptes internes.

Le climat social au sein de Ligne d’Azur se dégrade en conséquence de jour en jour. Des accusations de harcèlement moral circulent dans les deux sens. Certains cadres dénoncent des méthodes brutales de management. D’autres estiment au contraire que les mises en cause visent à protéger des pratiques douteuses. Des menaces physiques auraient même ponctué certains échanges. Cette atmosphère toxique pèse sur l’ensemble des 1 200 salariés de la régie.

Les usagers subissent également les effets de cette crise. Les grèves se multiplient depuis plusieurs mois. Mi-août, un nouveau mouvement social a perturbé le réseau les 14 et 17 août. Plusieurs lignes circulaient alors aux horaires des dimanches. Les syndicats dénoncent un manque de dialogue sur les salaires et les conditions de travail. Cette instabilité sociale aggrave encore la dégradation du service.

Cette affaire embarrasse forcément la Métropole Nice Côte d’Azur, autorité de tutelle de la régie. Éric Ciotti, président de la Métropole et maire de Nice, n’a pas encore pris position publiquement sur le fond du dossier. La Métropole devra toutefois clarifier sa position rapidement. En tant que créatrice et principale financeuse de Ligne d’Azur, elle porte une responsabilité directe dans la gouvernance de l’entreprise.

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Les audits lancés par la directrice suspendue livreront-ils leurs conclusions ? La justice donnera-t-elle suite aux plaintes pénales ? Les lanceurs d’alerte obtiendront-ils la protection qu’ils réclament ? Autant de questions qui détermineront l’avenir de la régie des transports publics de la métropole niçoise. En attendant, Ligne d’Azur s’enfonce dans une crise de confiance qui touche aussi bien ses dirigeants que ses salariés et ses usagers.