Jusqu’au 20 septembre, le musée départemental Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt, présente la troisième édition de son festival de photographie contemporaine, « Mondes en commun ». Ouverte le 23 mai, à l’occasion de la Nuit européenne des musées, la manifestation se déploie en plein air dans le jardin de ce domaine dont le département des Hauts-de-Seine est propriétaire. Onze séries d’auteurs y sont installées au fil d’un parcours qui relie la création d’aujourd’hui aux collections historiques conservées sur place, au premier rang desquelles les Archives de la Planète. Sous-titrée « Poursuivre l’inventaire d’Albert Kahn », la sélection assume pleinement ce dialogue entre patrimoine et regards contemporains.
Ce fonds hors norme fut constitué au début du XXe siècle par le banquier et mécène Albert Kahn (1860-1940). À partir de 1909, et durant une vingtaine d’années, il envoya des opérateurs sur les cinq continents afin de fixer les cultures et les paysages de leur temps, à l’aide de l’autochrome, premier procédé de photographie en couleurs mis au point par les frères Lumière. Une cinquantaine de pays furent ainsi parcourus, et la collection rassemble aujourd’hui quelque 72 000 autochromes, auxquels s’ajoutent des milliers de vues stéréoscopiques et des films. Selon le musée, l’entreprise s’interrompit en 1931, après l’effondrement de la banque de son fondateur consécutif au krach de 1929. Le festival se donne pour ambition de prolonger cet inventaire : pour son commissaire, Clément Poché, il s’agit de réunir des photographes dont la méthode interroge le monde contemporain à travers des protocoles rigoureux, dans l’esprit documentaire qui animait le mécène. Persuadé que la connaissance mutuelle des peuples pouvait servir la paix, ce dernier avait fait de la description du monde une œuvre à part entière, dont la manifestation revendique aujourd’hui l’héritage.
Les onze artistes retenus viennent de plusieurs continents : Léonce R. Agbodjélou (Bénin), Ying Ang (Australie), Mustapha Azeroual, Yasmina Benabderrahmane, Thierry Bouët et Cédric Delsaux (France), Barbara Bosworth (États-Unis), le duo néerlandais Ari Versluis et Ellie Uyttenbroek, Robert Voit (Allemagne), Ester Vonplon (Suisse) et Laure Winants (Belgique). Les sujets s’étendent des cérémonies masquées Egungun photographiées au Bénin par Léonce R. Agbodjélou à la série australienne « Fruiting Bodies » de Ying Ang, en passant par des explorations plus intimes du vivant et du paysage, chaque ensemble formant une station du parcours. Ces images dialoguent avec un écrin singulier : aménagé selon la mode du « jardin à scènes » en vogue au XIXe siècle, l’espace juxtapose un jardin japonais, un jardin anglais, une forêt dorée, une forêt vosgienne et un jardin à la française, composition qui traduisait l’idéal de fraternité entre les peuples cher à Albert Kahn.
Le musée, rouvert au public le 2 avril 2022 au terme de six années de travaux et doté d’un bâtiment conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma, invite à découvrir les photographies au gré d’une promenade. L’établissement accueille les visiteurs du mardi au dimanche, de 11 heures à 19 heures, et ferme le lundi. L’accès aux œuvres, présentées en extérieur, est compris dans le droit d’entrée, et la réservation d’un créneau en ligne est conseillée aux heures d’affluence. Fixé à 9 euros, ramené à 6 euros au tarif réduit, le billet ouvre l’accès à l’exposition temporaire comme aux collections permanentes et au jardin ; l’entrée est gratuite pour les moins de 26 ans et le premier dimanche de chaque mois. Tout au long de l’été, des visites guidées et des rendez-vous accompagnent la découverte des séries, que les promeneurs croisent au fil des scènes paysagères, entre serres, ponts et pièces d’eau. Le département rattache cette programmation à sa « Vallée de la culture », le réseau de ses équipements patrimoniaux et artistiques répartis dans les Hauts-de-Seine, dont le musée constitue l’une des vitrines les plus fréquentées.
Musée Albert-Kahn : inventaire du monde
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 26 août 2026 à 13h56 – Temps de lecture : 4 minutes
