Après un été 2026 marqué par des incendies d’une ampleur exceptionnelle, l’État, le Conseil départemental du Var et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont décidé d’unir leurs forces pour repenser en profondeur la gestion de la forêt varoise. Dans le prolongement du retour d’expérience organisé le mardi 25 août 2026, le préfet du Var, le président du Conseil départemental et le président du Conseil régional ont annoncé ce lundi 31 août le lancement d’une réflexion collective destinée à mieux protéger le département et ses habitants face au risque de feu. Les élus locaux et les acteurs du territoire seront étroitement associés à cette démarche, qui doit aboutir d’ici la fin de l’année 2026 à une note de stratégie déclinée en un plan d’action resserré.
L’ambition affichée dépasse largement la seule réponse à l’urgence. La réflexion engagée se veut globale et embrasse à la fois la gestion forestière, l’adaptation au changement climatique, l’aménagement du territoire, la prévention du risque d’incendie et la lutte contre les feux. Une large concertation permettra d’y associer les acteurs et les usagers de la forêt, des communes forestières aux professionnels de la filière bois, en passant par la chambre d’agriculture, les parcs naturels régionaux ou encore les syndicats de massifs. Le travail s’organisera autour de groupes thématiques pilotés par les services de l’État, les collectivités et les grands opérateurs de la forêt que sont l’Office national des forêts et le Centre national de la propriété forestière.
Le premier chantier concerne la gestion sylvicole elle-même. Il s’agit d’abord de dresser un état sanitaire des forêts du département, fragilisées par la sécheresse et menacées par les insectes ravageurs comme les scolytes, puis de définir des orientations adaptées au climat de demain. Les partenaires prévoient notamment un plan de reconquête des terres incendiées du Gros Bessillon, en s’appuyant sur l’expérience acquise après le feu de Gonfaron en 2021. La diversification des essences, la restauration des milieux dégradés et le développement des filières propres à la forêt méditerranéenne, du pin d’Alep au chêne-liège, figurent également au programme. Les opérateurs de l’insertion seront mobilisés aux côtés des communes pour le nettoyage et la replantation des secteurs brûlés.
La prévention constitue le deuxième axe fort de la démarche. Les obligations légales de débroussaillement, dont le respect conditionne directement la capacité des habitations à résister au passage du feu, feront l’objet d’un plan de contrôle renforcé en lien avec les maires. Les travaux de création et d’entretien des ouvrages de défense de la forêt contre l’incendie, pistes, coupures de combustible et coupures agricoles, seront accélérés, avec l’objectif d’améliorer la préparation du territoire dès l’été 2027. Des patrouilles de surveillance et d’intervention seront par ailleurs déployées dans tout le département, tandis que la question des centrales photovoltaïques au sol sera examinée au regard du risque.
La lutte contre les feux bénéficiera elle aussi d’investissements nouveaux. Un plan départemental des points d’eau de proximité doit recenser et sécuriser les ressources disponibles, des réseaux d’eau aux retenues collinaires en passant par les canaux de la Société du Canal de Provence. Une application de géolocalisation des départs de feu, développée avec la cellule d’intelligence artificielle du Département, viendra épauler les patrouilles sur le terrain. Le Conseil régional mobilise pour sa part cinq millions d’euros supplémentaires au titre de son fonds dédié aux soldats du feu, afin de moderniser les moyens logistiques de surveillance et d’attaque des incendies.
Le dernier volet touche à l’aménagement du territoire, avec une ligne directrice assumée qui consiste à réduire la vulnérabilité des zones urbanisées proches des massifs. L’urbanisation sera évitée dans les secteurs les plus exposés et stoppée dans les quartiers dépourvus d’une défense extérieure contre l’incendie satisfaisante, notamment en matière d’accès pour les secours. Des mesures constructives strictes encadreront les habitations en l’absence de plan de prévention du risque, et les reconstructions après sinistre seront gérées avec discernement. Le développement de coupures agricoles et de parcelles irriguées, appuyé par un accompagnement renforcé des premières installations d’agriculteurs, complétera ce dispositif.
Pour les Varois, cette mobilisation conjointe dessine une promesse concrète, celle d’un territoire mieux préparé aux étés à venir. En conjuguant leurs moyens et leurs compétences, l’État, la Région et le Département entendent transformer le traumatisme des incendies de cet été en un projet durable pour la forêt, qui couvre plus de la moitié du département et fait partie intégrante de l’identité varoise.

