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Saint-Denis : le soin s’expose au musée Paul-Éluard

Par Assia Bedja
Publié le 12 septembre 2026 à 08h50 – Temps de lecture : 4 minutes

Le Musée d’art et d’histoire Paul-Éluard, installé dans l’ancien carmel de Saint-Denis, poursuit jusqu’au 15 novembre la présentation de son exposition de la saison, « Croire et guérir. Et délivrez-nous du mal ». Ouverte depuis la fin du mois de mai, la manifestation explore la façon dont les croyances, les savoirs scientifiques et les pratiques spirituelles se sont entremêlés au fil des siècles pour répondre à la maladie, à la douleur et à l’angoisse de la mort.
Le parcours a reçu le label « Exposition d’intérêt national », décerné par le ministère de la Culture, et bénéficie du soutien de la direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France. Le lieu lui-même, ancien carmel devenu musée, entre en résonance avec le sujet, longtemps voué au recueillement et à l’attention portée aux corps comme aux âmes.
Conçue par la directrice du musée, Valérie Perlès, l’exposition réunit près de 285 œuvres et objets, articulés non pas de manière strictement chronologique mais par échos thématiques, de sorte que les époques et les regards se répondent d’une salle à l’autre. Le propos met en dialogue le soin savant et le soin invisible, la médecine et le recours au sacré, afin de montrer combien ces registres ont longtemps cohabité, et cohabitent parfois encore, dans le rapport des sociétés à la guérison. Le musée, propriété de la Ville de Saint-Denis, mobilise pour l’occasion ses propres collections comme des prêts extérieurs et des créations d’artistes contemporains. Le titre, emprunté à une formule familière, annonce d’emblée la tension que l’exposition met en scène, entre la foi qui espère et la science qui soigne.
Les collections de l’ancien Hôtel-Dieu et de l’apothicairerie de Saint-Denis forment l’un des socles du parcours, aux côtés d’instruments scientifiques, d’objets rituels et de spécimens d’histoire naturelle. À ce fonds patrimonial répondent les œuvres d’une dizaine d’artistes contemporains, invités à porter un regard sensible sur le soin et ses imaginaires. Le choix de convoquer des plasticiens d’aujourd’hui écarte la simple vitrine historique : leurs pièces interrogent nos propres attentes face à la maladie, entre confiance dans la science et persistance des gestes de croyance. Le visiteur y croise aussi des objets votifs, des reliques, des talismans et des amulettes, témoins de gestes de protection et d’espérance, ainsi qu’un jardin de plantes médicinales reconstitué qui rappelle la place ancienne des remèdes végétaux. Ces objets, souvent modestes, disent l’inquiétude des malades et la diversité des recours mobilisés avant l’essor de la médecine moderne.
En raison de l’ampleur du dispositif, le musée signale que les cellules des carmélites et la salle de l’Hôtel-Dieu ne sont pas visibles dans leur état habituel pendant la durée de l’exposition. L’équipement, situé 22 bis, rue Gabriel-Péri, accueille le public du mardi au vendredi de 10 h à 17 h 30, le samedi de 11 h à 18 h 30 et le dimanche de 14 h à 18 h 30. Une programmation destinée à tous les âges, faite de visites, d’ateliers et de rencontres, accompagne le parcours tout au long de la saison afin d’en prolonger la réflexion.
L’exposition s’inscrit aussi dans l’histoire propre de Saint-Denis, ville d’hôpitaux et de communautés religieuses, dont le musée conserve et donne à voir une partie de la mémoire matérielle, entre patrimoine religieux et histoire hospitalière. À deux mois de sa clôture, « Croire et guérir » offre aux Dionysiens comme aux visiteurs de passage une plongée dans une histoire longue du soin, à la croisée de la science, de la foi et des arts. Elle invite aussi à réfléchir à la manière dont, aujourd’hui encore, croyances et savoirs se croisent face à la maladie.