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La Courneuve : du cerf-volant au silence

Par Assia Bedja
Publié le 6 novembre 2026 à 16h11 – Temps de lecture : 4 minutes

À La Courneuve, la semaine du 11 Novembre s’ouvre sur un envol de cerf-volant et se referme sur une minute de silence. Entre les deux, quelques jours qui disent assez bien ce qu’est une ville : un lieu où l’on emmène les enfants au spectacle le matin et où l’on dépose des gerbes le surlendemain, sans jamais croire que l’un empêche l’autre. De la scène du Houdremont au pied du monument aux morts, la commune traverse ce début de novembre en regardant à la fois vers l’imaginaire des plus jeunes et vers la mémoire de ceux qui ne sont jamais rentrés.
Le temps fort reste le mercredi 11 novembre. À 11h, la municipalité convie les habitants à la cérémonie commémorative de l’armistice de 1918, celui qui, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois, fit taire les canons de la Grande Guerre. Le recueillement se déroulera en deux temps : d’abord au cimetière des Six Routes, puis devant l’Hôtel de Ville. Deux stations, un même cortège, pour un hommage que la ville n’a jamais laissé s’éteindre. Chacun peut s’y joindre librement, sans inscription, à l’étape de son choix.
La date, pourtant, n’a plus tout à fait le sens qu’elle avait au lendemain de 1918. Depuis 2012, le 11 Novembre est devenu la journée nationale d’hommage à tous les « morts pour la France », quels que soient le conflit et l’uniforme. Au pied du monument courneuvien, c’est donc une mémoire élargie que l’on honore : celle des poilus des tranchées, mais aussi de tous ceux qui, plus tard, ont laissé leur vie sous les armes. Cent huit ans après le silence revenu sur le front, le rendez-vous rappelle que nulle commune de banlieue n’a été épargnée par la saignée de 14-18, et que chacune a vu partir ses jeunes gens vers un carnage dont beaucoup ne sont pas revenus. L’école, elle aussi, prend désormais sa part : depuis cette rentrée, chaque établissement est invité à organiser sa propre cérémonie dans les quatre jours qui encadrent le 11 Novembre, pour que les plus jeunes ne reçoivent pas cette histoire seulement au fil d’un manuel.
Six jours plus tôt, la ville aura donné rendez-vous aux enfants dans un tout autre registre. Les jeudi 5 et vendredi 6 novembre, le centre culturel Houdremont accueille Mille horizons, un spectacle de danse de la compagnie Arrangement Provisoire, signé Jordi Galí. Tout y commence par l’envol d’un cerf-volant : dans un décor de matériaux posés au sol ou suspendus, sur une musique faite de bruits de nature, un danseur et un comédien font surgir montagnes, forêts, ruisseaux, le jour et la nuit. Par l’objet, la parole et le mouvement, la pièce invite les spectateurs, dès 7 ans et pour une cinquantaine de minutes, à un plongeon imaginaire dans les grandes étendues. Les représentations sont programmées le jeudi à 14 h 30, le vendredi à 10h et 14 h 30. Fidèle au propos écologique de la pièce, la compagnie reverse d’ailleurs une partie des recettes de sa tournée à des associations engagées dans la protection de l’enfance.
Le spectacle est accueilli dans le cadre de Playground, le volet jeune public des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, un réseau qui fait tourner la création contemporaine d’une scène du département à l’autre. À La Courneuve, Houdremont en est l’un des points d’ancrage et confirme, saison après saison, qu’une ville populaire peut aussi être une terre de danse. Une manière de rappeler que la banlieue n’est pas qu’un décor de reportages, mais un public à part entière, auquel on propose le meilleur de la scène d’aujourd’hui.