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Aix et Masis renforcent leur coopération sur la santé mentale

Par Samy Abtroun
Publié le 11 août 2026 à 08h44 – Temps de lecture : 4 minutes

La coopération entre Aix-en-Provence et la ville arménienne de Masis franchit une nouvelle étape autour de la santé mentale. Jumelées depuis 2024, les deux villes ont noué un partenariat concret dans le domaine du soin psychique. Après une première session de formation lancée en juin, une deuxième a réuni des professionnels arméniens les 23 et 24 juillet 2026 à Masis. Cette continuité montre qu’il ne s’agit pas d’un échange symbolique, mais d’un travail de fond mené sur la durée, étape après étape.

La formation était animée par Christine Garcia, responsable du Service Accueil et Orientation du Centre communal d’action sociale d’Aix-en-Provence. Pendant deux jours, elle a transmis son expérience à 27 professionnels du territoire de Masis. Parmi eux, huit sur dix étaient des travailleurs sociaux, aux côtés d’infirmiers, d’un psychologue et d’un psychiatre. Cette diversité de métiers n’est pas anodine. Elle traduit une conviction partagée, celle que la prise en charge des troubles psychiques dépasse le seul cadre médical et concerne aussi l’accompagnement social au quotidien.

L’objectif de ces deux journées était clair. Il s’agissait de renforcer la détection et l’accompagnement des troubles psychiques. En effet, repérer tôt une souffrance mentale permet souvent d’éviter qu’elle ne s’aggrave. C’est tout l’enjeu de la santé mentale communautaire, une approche qui consiste à agir au plus près des habitants plutôt que d’attendre l’hospitalisation. Elle repose sur des professionnels de proximité, capables d’écouter, d’orienter et de créer du lien avant que la situation ne devienne critique. Cette méthode a fait ses preuves dans de nombreux pays, où elle réduit l’isolement des malades et allège la pression sur les hôpitaux.

Ce projet réunit plusieurs partenaires complémentaires. La Ville d’Aix-en-Provence en assure le portage politique, tandis que le CCAS apporte son savoir-faire en matière d’action sociale. Un CCAS est l’organisme public qui, dans chaque commune, met en œuvre les aides de proximité et accompagne les personnes en difficulté. À leurs côtés, l’organisation Médecins du Monde met son expertise humanitaire au service du terrain. Enfin, le centre hospitalier Montperrin, spécialisé en psychiatrie à Aix, contribue par sa connaissance clinique. Cette alliance entre une collectivité, une association et un hôpital illustre la force d’une coopération décentralisée bien construite.

Les premiers résultats sont déjà tangibles. Depuis le mois de janvier, 260 consultations gratuites ont été assurées dans un bureau rénové de la polyclinique de Masis. Ce chiffre dit beaucoup. Il montre qu’un besoin réel existait et qu’une offre accessible trouve immédiatement son public. La gratuité joue ici un rôle décisif, car elle lève l’obstacle financier qui éloigne souvent les personnes les plus fragiles du soin. Le dispositif sera maintenu jusqu’à la fin de l’année 2026.

L’histoire locale donne à ce partenariat une saveur particulière. La formation a notamment mis à l’honneur Anahit Gevorgyan, considérée comme la première travailleuse sociale d’Arménie, formée dès 1993. Son parcours rappelle que le travail social y est un métier jeune, né avec l’indépendance du pays. Dès lors, transmettre des méthodes éprouvées ailleurs prend tout son sens. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle, mais d’accompagner une profession encore en construction vers plus d’outils et de reconnaissance.

Au-delà des chiffres, ce projet illustre une certaine idée du jumelage. Trop souvent réduits à des échanges protocolaires, les jumelages peuvent aussi devenir des leviers d’action concrète. Ici, deux villes éloignées de plusieurs milliers de kilomètres unissent leurs compétences pour améliorer la vie de personnes vulnérables. Concrètement, l’expérience aixoise en matière d’accueil social irrigue un territoire qui en avait besoin, et les professionnels de Masis gagnent en autonomie.

Pour les habitants d’Aix-en-Provence, cette coopération dit aussi quelque chose de leur ville. Elle montre qu’un savoir-faire local, patiemment construit au sein du CCAS et de l’hôpital Montperrin, peut rayonner bien au-delà des frontières. La santé mentale, longtemps taboue, s’impose peu à peu comme une priorité de santé publique partagée. En tissant ce lien durable avec Masis, Aix prouve qu’une politique sociale peut aussi devenir un geste de solidarité internationale.