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Châtenay-Malabry : l’art enlace les arbres

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 5 août 2026 à 15h29 – Temps de lecture : 4 minutes

Depuis la fin du mois de juin, le Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry, abrite une installation d’art contemporain inattendue. Jusqu’au 31 août, plusieurs troncs du parc dessiné et planté par l’écrivain Chateaubriand sont enlacés par des bras végétaux façonnés en mousse. L’œuvre, baptisée « Tree Hug », signe la deuxième édition consécutive d’un rendez-vous artistique désormais installé dans ce parc historique aux portes de Paris.
Cette installation est signée Christophe Guinet, plasticien connu sous le nom de Monsieur Plant. Depuis plus de dix ans, cet artiste construit son travail à partir de matériaux exclusivement vivants : fleurs, écorces, mousses, graines et herbes, récoltées lors de moments de reconnexion avec la nature. Sa démarche entrelace culture urbaine et univers végétal, nourrie par une observation patiente de la croissance des plantes.
Concrètement, l’œuvre prend la forme de bras enlaçant le tronc de plusieurs arbres du domaine, recouverts d’une mousse dense qui donne l’illusion d’une matière vivante fondue dans l’écorce. Ce geste, à la fois universel et troublant, évoque l’attachement au monde végétal tout en interrogeant la frontière entre l’humain et l’arbre, entre extériorité et appartenance à la nature.
L’installation s’inscrit dans le prolongement d’un précédent : en 2025, l’artiste Raphaël Emine avait investi le même parc avec une série de nids géants, intitulée « NESTS ». Chaque été, un nouvel artiste est ainsi invité à dialoguer avec les frondaisons plantées il y a environ deux siècles par l’écrivain romantique, dans le cadre d’un principe de résidence artistique renouvelé.
Cette proposition est présentée avec le concours de l’opération « Jardins ouverts en Île-de-France », initiée par la Région, qui accompagne chaque été plusieurs parcs et domaines franciliens dans l’accueil de créations artistiques en plein air. Le choix du végétal comme matériau fait ainsi écho au patrimoine botanique du lieu, connu pour son arboretum et ses essences remarquables.
Le texte de présentation de l’œuvre replace ce geste artistique dans une réflexion plus large sur la place de l’arbre au sein des écosystèmes. Ressource précieuse, celui-ci régulerait, protégerait et nourrirait son environnement, tout en portant une forme de mémoire silencieuse du monde, à l’heure où l’équilibre naturel reposerait sur des relations de plus en plus fragiles et entremêlées, selon les mots choisis pour présenter l’installation.
L’œuvre évoque aussi une transformation presque irréelle, où la frontière entre le corps humain et la matière végétale semblerait s’effacer, comme si l’arbre reprenait ses droits sur la silhouette qui l’enlace. Cette étreinte figée invite ainsi les visiteurs à s’interroger sur leur propre rapport au vivant, entre extériorité supposée et appartenance intime à la nature qui les entoure.
« Tree Hug » s’intègre à une programmation plus large, intitulée « Un été au jardin », qui se déploie dans le parc jusqu’au 28 août, avec une dernière date fixée au 5 septembre. Le public peut notamment suivre des visites contées par le personnage de Benjamin, jardinier de la famille Chateaubriand, ainsi que des visites guidées en costume d’époque, qui donnent accès à la chapelle et à la tour Velléda, habituellement fermées au public.
Des lectures à voix haute et des légendes d’arbres venues de plusieurs cultures complètent ce programme, pensé pour prolonger la déambulation dans les douze hectares du domaine, entre arboretum, île verte et maison-musée consacrée à l’auteur des Mémoires d’outre-tombe.