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Éric Bouvron fait danser le caméléon à Bezons

Par Assia Bedja
Publié le 13 octobre 2026 à 17h03 – Temps de lecture : 4 minutes

Un plateau presque nu, un homme seul et le récit d’une vie passée à changer de peau : vendredi 16 octobre, le théâtre Paul-Éluard de Bezons accueille le comédien et metteur en scène Éric Bouvron pour son seul-en-scène « La Danse du caméléon ». Le rideau se lève à 20 h 30, le temps d’une soirée intime, à rebours des grandes fresques de troupe qui ont bâti sa réputation. Sur l’affiche de la saison, le rendez-vous se présente comme l’une de ces propositions à taille humaine dont la scène bezonnaise a le secret.

Le titre résume déjà le propos. À la manière du reptile qui ajuste sa couleur pour survivre, l’artiste raconte une existence faite de départs, d’errances et de recommencements. Il a grandi, confie-t-il, dans « un pays qui n’existe plus », avant d’accumuler les lieux de vie et les métiers aux quatre coins du monde. De cette trajectoire morcelée, il tire une question aussi simple qu’universelle : où se trouve, au fond, le véritable « chez-soi » ? Sur le plateau, il la creuse avec un humour pince-sans-rire et un art consommé de l’imitation, prêtant sa voix et son corps aux animaux croisés au fil de ses souvenirs. L’ensemble tient autant du conte que de la confidence, porté par une langue soignée et un vrai sens du rythme.
Éric Bouvron n’est pas un inconnu pour les amateurs de théâtre. On lui doit notamment « Les Cavaliers », adaptation saluée du roman de Joseph Kessel, et plusieurs spectacles menés par une troupe nombreuse, réputés pour leur souffle épique et leur inventivité visuelle. Avec « La Danse du caméléon », créé en 2024, il emprunte le chemin inverse, celui du récit solitaire et dépouillé. Pendant un peu plus d’une heure, il se raconte sans filet, mêlant anecdotes intimes, souvenirs de voyages et numéros d’acteur. Le rire n’y est jamais loin de l’émotion, et l’on passe d’un éclat de drôlerie à un silence plus grave sans que la mécanique ne se voie jamais. Pensé pour un large public, à partir de 8 ans, le spectacle s’adresse aussi bien aux spectateurs aguerris qu’aux familles désireuses de partager un vrai moment de théâtre.
Le cadre choisi n’a rien d’anodin. Scène de la Ville de Bezons installée au 162, rue Maurice-Berteaux, le Paul-Éluard défend une programmation volontairement éclectique, qui fait dialoguer théâtre, cirque, musique, danse, marionnettes et humour tout au long de la saison. L’équipement, qui réunit en moyenne plus de 14 230 spectateurs chaque année depuis 2023, abrite également les Écrans Éluard, sa salle de cinéma. Résidences d’artistes, ateliers de pratique, séances réservées aux scolaires, de la maternelle à l’université, et représentations accessibles aux publics en situation de handicap, parfois interprétées en langue des signes, complètent un projet tourné vers tous les habitants de cette commune du bord de Seine, aux portes des Hauts-de-Seine.
La venue d’Éric Bouvron s’inscrit pleinement dans cette logique d’ouverture. En accueillant un artiste capable de passer de la grande forme collective à la parole nue, la salle propose une soirée à hauteur d’homme, où l’émotion naît surtout du verbe, du geste et de la présence. Les tarifs, échelonnés de 8 à 35 € selon les situations, cherchent à ne laisser personne à la porte, des abonnés fidèles aux curieux qui poussent pour la première fois les portes du théâtre. Un effort assumé, à l’heure où le prix des sorties pèse souvent dans les arbitrages des familles du secteur.
Reste la promesse d’un spectacle qui résonne bien au-delà d’une simple biographie. Derrière l’histoire singulière d’un homme ballotté d’un pays à l’autre affleure une réflexion sur l’identité, l’exil et ce besoin d’appartenance qui traverse tant de parcours, à Bezons comme ailleurs. En refermant sa « Danse du caméléon » sur la scène bezonnaise, Éric Bouvron invite chaque spectateur à se demander, à son tour, ce qui fait qu’un lieu finit un jour par devenir un foyer. Une interrogation d’autant plus vive dans une ville cosmopolite, où tant de familles ont, elles aussi, connu l’ailleurs. Les réservations se prennent à la billetterie du théâtre ou par téléphone, au 01 34 10 20 20.