1. Home
  2. Politique et société
  3. Feu vert pour l’instruction de la ligne électrique Gard-Bouches-du-Rhône

Feu vert pour l’instruction de la ligne électrique Gard-Bouches-du-Rhône

Par Marcel Grenay
Publié le 18 mai 2026 à 10h50 – Temps de lecture : 5 minutes

Le paysage industriel et énergétique du sud de la France s’apprête à vivre une transformation historique. Dans le cadre de la stratégie nationale de souveraineté économique et de transition écologique, le gouvernement a franchi un cap décisif en engageant officiellement l’instruction réglementaire de la demande de déclaration d’utilité publique (DUP). Cette procédure vise à valider la construction d’une nouvelle ligne aérienne à très haute tension de 400 kV, un maillon d’infrastructure essentiel destiné à relier le poste électrique de Jonquières-Saint-Vincent, situé dans le Gard, à celui de Feuillane, dans les Bouches-du-Rhône. L’objectif final de cette autoroute de l’électricité est d’assurer l’électrification massive et la décarbonation profonde de la zone industrielle majeure de Fos-Étang de Berre.

Cette décision s’inscrit dans un contexte macroéconomique et géopolitique mondial particulièrement mouvant, qui met en exergue la nécessité absolue pour le pays de s’affranchir de sa dépendance historique aux énergies fossiles importées. L’État rappelle à cette occasion que la volatilité des hydrocarbures pèse non seulement sur le pouvoir d’achat des ménages, mais menace également de manière directe la compétitivité et la pérennité du tissu productif national. Dès lors, sécuriser l’approvisionnement électrique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et moderniser le pôle de Fos-Étang de Berre ne relèvent plus simplement de l’aménagement régional, mais deviennent une condition de survie et d’attractivité pour l’industrie lourde française.

Ce grand projet d’infrastructure, piloté par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE), possède déjà un long historique de concertation et de dialogue citoyen. Une première phase de consultation préalable s’est tenue au début de l’année 2024, avant que le dossier ne soit intégré de manière plus globale dans le grand débat public sur l’avenir industriel de la zone Fos-Berre-Provence, orchestré par la Commission nationale du débat public au cours du printemps et de l’été 2025. L’infrastructure ne constitue d’ailleurs qu’une pièce d’un puzzle plus vaste visant à restructurer le réseau interconnecté national. Afin d’alléger l’empreinte visuelle des installations sur les paysages locaux, RTE s’est engagé dans un programme de modernisation technique d’envergure d’ici 2035 : l’optimisation des structures permettra de supprimer trois pylônes anciens dans les départements du Gard et des Bouches-du-Rhône pour chaque nouveau pylône implanté.

À la suite du dépôt formel du dossier par RTE au début du mois d’avril, les services de l’État s’apprêtent à examiner le projet avec un niveau d’exigence maximal. Cette phase d’instruction permettra d’évaluer de manière exhaustive l’utilité publique de la future ligne, en analysant rigoureusement ses répercussions territoriales, agricoles, paysagères et environnementales. Cette période sera rythmée par de nombreuses consultations obligatoires impliquant notamment les collectivités locales et l’autorité environnementale.

Parallèlement à cette instruction étatique, des obligations strictes ont été fixées à RTE en sa qualité de maître d’ouvrage. L’entreprise publique doit immédiatement déployer des dispositifs de dialogue de proximité renforcés. Cette démarche a pour but de recueillir de manière continue les retours, les craintes et les attentes des riverains, des élus locaux, des groupements agricoles et des associations de défense de l’environnement, afin de co-construire les modalités de réalisation de l’ouvrage et de garantir une intégration territoriale harmonieuse et apaisée. De plus, les équipes de RTE doivent relancer sans attendre leurs campagnes d’inventaires écologiques sur le terrain. Ces études de biodiversité complémentaires s’avèrent indispensables pour consolider les futurs dossiers de demandes d’autorisations environnementales, notamment concernant la loi sur l’eau et les dérogations liées aux espèces protégées, permettant ainsi d’ajuster le tracé définitif de la ligne au plus près des réalités écologiques de la région.

Compte tenu de l’importance cruciale de cette infrastructure pour la résilience énergétique du Grand Port maritime de Marseille-Fos et de ses environs, ainsi que pour le respect des engagements climatiques et de neutralité carbone fixés par la France et l’Union européenne, les autorités entendent maintenir un calendrier de déploiement dynamique. Tout est mis en œuvre pour préparer sereinement l’enquête publique préalable à la DUP, planifiée pour le troisième trimestre de cette année. Afin de veiller à la transparence et à la fluidité des échanges d’ici cette échéance majeure, le gouvernement a nommé Catherine Garreta et Thierry Coquil, deux hauts fonctionnaires membres de l’Inspection générale du développement durable, en qualité de tiers facilitateurs. Leur mission consistera à arbitrer le dialogue local, à veiller à l’écoute mutuelle de toutes les parties prenantes et à favoriser la bonne insertion de ce projet d’avenir au sein des territoires concernés.