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Fonds Albert Camus, des manuscrits rares entrent à la BnF

Par Assia Bedja
Publié le 6 juillet 2026 à 09h00 – Temps de lecture : 4 minutes

En ce début de mois de juillet 2026, la France a fait entrer dans ses collections nationales un ensemble de manuscrits qui manquait encore à la mémoire littéraire du pays. Depuis le 2 juillet, le fonds Albert Camus rejoint le département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Il rassemble des pièces parmi les plus rares de l’écrivain, dont le seul manuscrit de travail connu de L’Étranger et celui, inachevé, du Premier Homme. Pour l’État, cette acquisition compte parmi les plus importantes de ces dernières années dans le domaine littéraire.

La ministre de la Culture a présenté cette entrée comme une opération décisive. Elle a rappelé que le maintien de ce fonds sur le sol français constituait une priorité pour l’État, tant l’ensemble éclaire à la fois la vie et l’œuvre de l’auteur. Plusieurs manuscrits majeurs de Camus figuraient déjà dans les collections publiques, mais le nouvel apport les complète de manière remarquable. Désormais réuni, cet ensemble devient une source incontournable pour qui veut comprendre le parcours de l’écrivain.

Le fonds ne se limite pas au roman qui a rendu Camus célèbre. Il comprend aussi deux états abondamment corrigés de La Chute, les nouvelles de L’Exil et le royaume, ainsi que l’essai Réflexions sur la guillotine. Dans ce texte, l’auteur s’oppose frontalement à la peine de mort et livre un plaidoyer resté célèbre, nourri par le souvenir de son propre père. On y trouve encore les manuscrits incomplets de Caligula et du Malentendu, deux pièces de théâtre, de même que des écrits de jeunesse et des adaptations pour la scène. Cette diversité montre un créateur qui passait sans cesse du roman à l’essai et de la philosophie au théâtre.

À ces textes s’ajoute une correspondance privée d’un grand intérêt. Camus y échange notamment avec André Malraux et Simone de Beauvoir, deux figures majeures de la vie intellectuelle française du milieu du vingtième siècle. Ces lettres donnent à voir les débats et les amitiés qui traversaient alors le monde des lettres. Elles éclairent aussi la place singulière qu’occupait Camus, à la fois proche et distinct des grands courants de son temps.

Ce fonds Albert Camus provient de la famille de l’écrivain. Élisabeth Maisondieu-Camus, petite-fille de l’auteur et avocate, a accompagné cette entrée dans les collections publiques. Le geste s’inscrit dans une longue relation entre les héritiers et les institutions patrimoniales. Il prolonge notamment le travail de Catherine Camus, fille de l’écrivain, qui avait fait paraître Le Premier Homme en 1994, plus de trente ans après la mort de son père.

La Bibliothèque nationale de France, qui accueille désormais ces documents, joue depuis des siècles le rôle de gardienne du patrimoine écrit du pays. Son département des Manuscrits conserve des ensembles qui vont du Moyen Âge aux auteurs contemporains. En y déposant les papiers de Camus, l’État garantit leur conservation dans des conditions strictes et, à terme, leur accès aux chercheurs. Une telle entrée protège ces feuillets fragiles tout en les rendant disponibles pour l’étude.

L’établissement prépare déjà la mise en valeur de ce fonds Albert Camus. Au printemps 2027, la Galerie Mansart du site Richelieu accueillera une exposition consacrée à l’écrivain. Berceau historique de la Bibliothèque nationale de France, ce site rouvert après un long chantier de rénovation offre aujourd’hui un écrin adapté à la présentation des documents les plus précieux. L’exposition se tiendra soixante-dix ans après le prix Nobel de littérature que Camus reçut en 1957, à seulement quarante-quatre ans. Le commissariat réunira Thomas Cazentre, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, et Élisabeth Maisondieu-Camus. Cette double signature associe ainsi le regard de l’institution et celui de la famille.

Né en Algérie en 1913, disparu prématurément en 1960 dans un accident de voiture, Albert Camus laisse une œuvre qui continue de parler bien au-delà de son époque. Ses interrogations sur l’absurde, la révolte et la justice restent au programme des lycées comme au cœur des débats publics. En rejoignant les collections nationales, ses manuscrits ne quittent pas seulement les mains d’une famille. Ils deviennent un bien commun, offert à la lecture des générations qui viennent.