L’application France Identité franchit une nouvelle étape dans le quotidien des voyageurs. Depuis peu, les personnes qui prennent l’avion au départ d’un aéroport français peuvent présenter leur carte d’identité numérique directement depuis leur téléphone, au moment de l’enregistrement des bagages en soute comme à l’embarquement. Le document en carte plastifiée, jusqu’ici indispensable à ces deux étapes, n’est donc plus la seule pièce reconnue par les compagnies aériennes pour vérifier qui se trouve devant elles.
Cette possibilité repose sur de nouvelles dispositions réglementaires. Elles autorisent l’identité numérique proposée par France Identité à servir de justificatif lors des contrôles menés par les transporteurs aériens. Concrètement, l’application affiche la face avant de la carte d’identité, avec le nom, le prénom et la photo du voyageur, et rien d’autre. Aucune autre donnée personnelle n’apparaît à l’écran, si bien que le contrôle se limite aux informations strictement nécessaires. Cette sobriété répond à une attente forte des usagers, souvent réticents à exposer l’ensemble de leurs données au comptoir.
Éditée par l’État, France Identité permet à chacun de certifier son identité en ligne à partir de la nouvelle carte nationale d’identité électronique. L’usager approche sa carte de son smartphone, qui en lit la puce sans contact, puis valide l’opération avec un code secret. L’application se télécharge gratuitement sur les principaux modèles de téléphones. Son objectif tient en une idée simple. Il s’agit d’éviter d’avoir à sortir un titre physique à chaque démarche, tout en garantissant que la personne est bien celle qu’elle prétend être.
Le voyage en avion vient compléter une palette de services déjà accessibles. Avec France Identité, les usagers peuvent en effet présenter leur permis de conduire et leur carte grise sous forme numérique, établir une procuration de vote dématérialisée ou faire vérifier leur identité et leur droit à voyager lors des contrôles à bord des trains de la SNCF. L’accès aux démarches administratives en ligne s’en trouve lui aussi facilité, puisque l’identité est confirmée en amont. Chaque nouvel usage s’ajoute ainsi aux précédents, sans remplacer les documents officiels que les Français conservent par ailleurs.
En parallèle, France Titres, l’organisme public qui pilote le dispositif, mène des travaux plus ambitieux autour du parcours aéroportuaire. Fin mai dernier, une expérimentation s’est tenue à l’aéroport de Marseille Provence, coordonnée par France Identité avec la police aux frontières. Une version provisoire de l’application permettait alors d’importer les données du passeport, afin de réaliser à la fois un contrôle d’embarquement et un passage aux frontières à l’aide d’un justificatif numérique. L’idée consistait à dessiner un parcours où chaque voyageur présente son identité en quelques secondes, depuis son téléphone, sans multiplier les files d’attente.
Ces essais s’inscrivent dans un cadre européen. Ils relèvent du consortium APTITUDE, qui réunit plusieurs pays autour de l’identité numérique appliquée au voyage. En septembre prochain, France Identité et d’autres portefeuilles numériques européens participeront à une nouvelle expérimentation, cette fois avec l’aéroport international de Genève. L’ambition affichée est de faire reconnaître l’identité numérique au-delà des frontières nationales, à l’échelle du continent puis, à terme, au niveau international. Un tel horizon suppose que les États s’accordent sur des règles communes, un chantier de longue haleine que ces tests contribuent à préparer.
Le calendrier traduit une montée en puissance rapide. France Identité revendique désormais plus de 4,5 millions d’utilisateurs, un nombre qui progresse à mesure que les usages se multiplient. Après les titres du conducteur, les procurations de vote et les contrôles ferroviaires, l’arrivée dans les aéroports confirme la direction prise par les pouvoirs publics, celle d’une pièce d’identité qui tient dans le téléphone. Pour le voyageur, l’intérêt est immédiat. Il peut présenter, en quelques secondes, une version numérique reconnue au comptoir d’enregistrement comme à la porte d’embarquement, même s’il a rangé sa carte au fond de son bagage.
Il reste néanmoins prudent d’emporter le document physique. Hors de France, l’identité numérique n’est pas encore acceptée partout, et le passeport demeure obligatoire pour de nombreuses destinations. Le nouvel usage vaut d’abord pour les vols au départ des aéroports français et pour les vérifications réalisées par les compagnies. Dès lors, le smartphone se pose en complément commode du portefeuille, sans le remplacer tout à fait. Pour beaucoup de familles qui prendront la route des vacances cet été, il offre surtout une marge de sécurité de plus, le jour où la carte reste introuvable au moment de partir.

