L’Hôtel départemental des expositions du Var (HDE Var) propose, jusqu’au 22 mars 2026, une immersion exceptionnelle dans l’univers des carnavals à travers le monde avec l’exposition Carnavals d’ici et d’ailleurs. Ce parcours inédit se veut à la fois pédagogique et sensoriel, mêlant histoire, ethnologie et création artistique. Goethe résumait parfaitement l’esprit de ces festivités : « Le carnaval n’est pas à proprement parler une fête qui est donnée au peuple, mais que le peuple se donne à lui-même. » L’exposition cherche à rendre tangible cette capacité du peuple à créer ses propres rituels collectifs, à travers un voyage qui traverse les époques et les continents.
Dès le premier étage, les visiteurs plongent dans les origines païennes du carnaval. De la Grèce antique à Rome, les rites festifs se succèdent, des Lupercales en l’honneur de Faunus aux Saturnales et Bacchanales, où l’animalité de Pan se reflète dans le bestiaire carnavalesque. Ces fêtes d’hiver célébraient la régénération de la nature et l’humanisation de l’homme sauvage, comme le montrent les traditions de l’ours dans les forêts européennes. Le culte celtique de Cernunnos, dieu aux bois de cerf, témoigne également de cette symbolique : la chute et la repousse des bois, métaphore de la fertilité et du renouvellement des saisons, influence encore aujourd’hui les masques et costumes carnavalesques. Des études anthropologiques suggèrent que des pratiques similaires se retrouvent dans des fêtes d’autres continents, comme l’Achoura en Afrique du Nord ou Pourim dans le monde juif, révélant des liens anciens et transversaux entre rites festifs et sociétés. Les pièces exposées, telles que la copie du Chaudron de Gundestrup ou le marbre romain de Pan et Daphnis, offrent une illustration concrète de ces origines.
La deuxième salle du premier étage examine la manière dont l’Église a intégré ces fêtes païennes au calendrier liturgique pour mieux les encadrer. La Fête des Fous du Moyen Âge, où l’abolition temporaire de l’ordre social permettait des excès de liberté, incarne parfaitement cette confrontation entre subversion populaire et régulation religieuse. En fixant le début du Carême au mercredi des Cendres, l’Église coïncide avec l’émergence du carnaval, donnant naissance à un dialogue symbolique entre carnaval et Carême, illustré par de nombreuses représentations artistiques, comme celles de Pieter Brueghel l’Ancien, disponibles sur des écrans multimédias interactifs.
Au deuxième étage, l’exposition s’intéresse aux carnavals urbains et ruraux européens. Le carnaval de Venise, aristocratique et théâtral, transforme la ville en scène vivante, où le masque ne dissimule pas seulement l’identité mais la révèle, offrant à chacun la liberté d’incarner un autre rôle. À l’opposé, les carnavals du Languedoc, tels que celui de Limoux ou la fête des Pailhasses à Cournonterral, célèbrent le folklore rural avec des mascarades spectaculaires et parfois effrayantes, immortalisées par la photographie de Charles Camberoque et le cinéma d’Agnès Varda. L’exposition invite ensuite à explorer l’iconographie carnavalesque à travers le regard des artistes. Francisco de Goya, dans sa série Les Caprices, offre une satire mordante du carnaval madrilène, mêlant ethnographie et critique sociale. À Nice, le carnaval renaît en 1873 sous la forme de défilés et batailles de fleurs, préparés par des carnavaliers professionnels, tandis que le carnaval de Binche en Belgique inspire Pierre Alechinsky et se voit reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel. Une installation contemporaine, Sarabande en temps de crise, de Fred Penelle et Yannick Jacquet, revisite la danse macabre à l’ère numérique, mêlant humour et inquiétude dans une parade de vanités où l’humain semble vaciller. Le même étage présente le carnaval de Bâle, avec ses lanternes et cliques, et les œuvres de Jean Tinguely qui célèbrent la mécanique et la lente procession, tout en questionnant la condition humaine et les inversions de rôles propres à ces fêtes.
Le troisième étage est consacré à la « tropicalisation » du carnaval. En Amérique latine, le carnaval européen se transforme sous l’influence des sociétés autochtones et des apports culturels venus d’Afrique et d’Asie, donnant naissance à des fêtes créolisées, hybrides et revendicatrices. Le carnaval devient un espace d’affirmation identitaire, un lieu de réhabilitation culturelle et un vecteur de mémoire collective. Le costume de Naupa Diablo d’Oruro, en Bolivie, illustre cette richesse et cette complexité, alliant artisanat local et symbolisme ancestral.
Enfin, le parcours s’achève au Brésil avec le carnaval de Rio, la plus grande fête du monde. Pendant cinq jours, les écoles de samba, bandas et blocos défilent dans une débauche de couleurs, de sons et de mouvement, chaque char étant évalué par un jury selon des critères précis. Le destaque, personnage central d’un char, porte un costume spectaculaire et domine le défilé, incarnant l’extravagance et la technicité de cette célébration. La scène grecque de Naoussa, en Macédoine centrale, complète cette vision avec ses costumes et masques symbolisant la mort, la résurrection et la fertilité, rappelant que, partout, le carnaval continue de mêler célébration, identité et héritage culturel.
Avec 140 œuvres mêlant art contemporain, installations multimédias, pièces ethnographiques et historiques, Carnavals d’ici et d’ailleurs offre une expérience immersive, sonore et visuelle, où chaque visiteur est invité à ressentir, comprendre et vivre l’énergie propre à ces fêtes universelles.

