En ce début d’octobre 2026, la presqu’île de Giens offre un nouveau but de promenade aux habitants de Hyères et à tous les amoureux du littoral varois. La pointe de l’Estérel, longtemps fermée au public à l’extrémité est de la presqu’île, a été officiellement inaugurée ce lundi 5 octobre, au terme d’un chantier de restauration et de renaturation mené par le Conservatoire du littoral avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée et le Parc national de Port-Cros. Sous un soleil automnal, élus, représentants de l’État, de l’Office français de la biodiversité et de la Française des Jeux ont coupé le ruban de ce site de deux hectares où se conjuguent désormais protection de la biodiversité, mise en valeur du patrimoine et découverte des paysages, face à Porquerolles.
L’opération poursuivait un triple objectif, restaurer les milieux naturels, sécuriser les vestiges militaires et mieux accueillir les visiteurs. Les anciennes clôtures ont été supprimées, les espaces dégradés renaturés et replantés d’espèces locales, tandis que des cheminements dédiés et des panneaux pédagogiques canalisent désormais la fréquentation pour qu’elle reste respectueuse des lieux. La maire de Hyères, Véronique Bernardini, également vice-présidente de la Métropole et présidente du Parc national de Port-Cros, a vu dans cette réalisation l’illustration de l’ambition portée pour le littoral, qui consiste selon elle à protéger sans fermer et à accueillir sans dégrader.
Le projet représente un investissement de près de 165 000 euros, financé par plusieurs partenaires. L’Office français de la biodiversité y a contribué à hauteur de 79 425 euros dans le cadre de Mission Nature, un dispositif national alimenté par un jeu de grattage de la Française des Jeux dont une partie des mises finance des projets de restauration écologique partout en France. Sélectionnée lors de l’édition 2024 du programme, la pointe de l’Estérel compte parmi les sites qui bénéficient concrètement de cette mécanique solidaire. La Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur a apporté 52 950 euros, la direction régionale de l’environnement 30 150 euros, le Conservatoire du littoral complétant le tour de table. Les travaux ont été confiés aux entreprises Urbavar, Ruiz Aluminium et Oxysign.
Au-delà de ses richesses écologiques, le site raconte une histoire singulière. Ancienne batterie côtière intégrée au système de défense du camp retranché de Toulon, la pointe conserve de nombreux vestiges militaires des dix-neuvième et vingtième siècles. Plutôt que de les effacer, le chantier les a sécurisés sans les dénaturer, et une signalétique d’interprétation retrace désormais l’histoire défensive des lieux, des batteries napoléoniennes jusqu’aux équipements plus récents liés aux essais menés depuis l’île du Levant. La pièce maîtresse de cette reconversion est l’ancien cinéthéodolite, un instrument de mesure des trajectoires transformé en belvédère. Entièrement réhabilité et habillé de pierre sèche pour se fondre dans le paysage, il offre un panorama exceptionnel sur la presqu’île de Giens, les salins, Porquerolles et le Parc national de Port-Cros.
La biodiversité n’a pas été oubliée dans les aménagements. Des pierriers et des refuges pour les reptiles ont été créés, et des grilles adaptées permettent aux chauves-souris de continuer à occuper les anciens ouvrages tout en sécurisant l’accès du public. Pour l’Office français de la biodiversité, le site illustre la vocation de Mission Nature, qui entend restaurer les milieux naturels tout en permettant aux citoyens de se réapproprier leur patrimoine. Le délégué régional du Conservatoire du littoral, François Fouchier, a souligné que ces deux hectares concentrent un condensé des paysages et de la biodiversité du littoral varois, tandis que le préfet du Var, Simon Babre, a salué un lieu où préservation des paysages, transmission de l’histoire et découverte de la nature vont de pair.
Propriété du Conservatoire et gérée par la Métropole en partenariat avec le Parc national, la pointe de l’Estérel s’inscrit désormais dans l’ambition partagée de faire reconnaître la presqu’île de Giens comme Grand Site de France, un label qui distingue les paysages remarquables gérés durablement. En attendant, habitants et visiteurs peuvent dès cet automne arpenter librement ce promontoire rendu à tous, où chaque sentier raconte à la fois la Méditerranée, l’histoire militaire de la rade et le patient travail de reconquête de la nature.

