L’été 2026 a laissé des traces profondes dans les campagnes varoises. Entre les incendies qui ont ravagé plusieurs milliers d’hectares et un épisode de sécheresse et de canicule d’une intensité remarquable, les exploitations agricoles du département ont subi des pertes considérables, tant sur les récoltes que sur les outils de production. Pour répondre à cette situation, le Gouvernement avait mis en place dès le 4 septembre un plan d’urgence agricole national. Ce mardi 14 octobre 2026, la préfecture du Var annonce une nouvelle série de mesures qui viennent compléter ce dispositif, avec un objectif affiché de renforcer la trésorerie des exploitations, d’accélérer le versement des aides et d’accompagner les filières les plus durement touchées.
Au niveau national, plus d’un milliard d’euros de soutiens ont déjà été annoncés, et le fonds de réarmement agricole se déploie actuellement dans les territoires, avec 197,3 millions d’euros d’enveloppes régionales engagés en métropole et en Outre-mer. Le Var, cumulant les effets des flammes et de la sécheresse, bénéficie d’un traitement à la mesure des dégâts subis. Le département s’est vu attribuer 1,6 million d’euros au titre des conséquences des incendies, auxquels s’ajoute une première enveloppe de 1,07 million d’euros consacrée au volet sécheresse et canicule. Plus de 460 dossiers de demandes d’indemnisation ont été déposés auprès du guichet ouvert par le préfet, et la direction départementale des territoires et de la mer les instruit progressivement. Un quart des dossiers, les plus urgents, a déjà été traité, avec une aide pouvant atteindre 15 000 euros pour les exploitants en difficulté majeure. Six premiers versements sont effectifs moins de deux mois après l’entrée en vigueur du plan.
La concertation se poursuit par ailleurs avec la profession. Une réunion d’échange avec les représentants du monde agricole se tiendra lundi 19 octobre à la sous-préfecture de Draguignan, afin de définir les conditions d’intervention des aides du volet sécheresse et canicule dans le Var, en tenant compte des spécificités du département, où la viticulture, l’horticulture et l’élevage n’ont pas été exposés de la même manière aux aléas de l’été.
Parmi les nouveautés annoncées, la question de la trésorerie occupe une place centrale, car de nombreuses exploitations peinent à faire face à leurs échéances après une campagne amputée. Les agriculteurs pourront désormais souscrire des prêts de trésorerie à taux zéro, l’État prenant en charge les intérêts des prêts dits sécheresse proposés par les banques. Le dispositif pourra porter sur des emprunts allant jusqu’à 50 000 euros sur deux ans, avec une prise en charge pouvant atteindre 2,5 points d’intérêts, soit jusqu’à 2 500 euros d’aide par exploitation. Un mécanisme spécifique est prévu pour les agriculteurs installés depuis moins de cinq ans, souvent plus fragiles financièrement. En cas de report d’une échéance de remboursement du capital, l’État pourra également assumer les intérêts et le surcoût liés à ce réaménagement.
Le soutien passe aussi par le carburant. Les guichets d’aide au gazole non routier agricole correspondant aux consommations d’avril, mai et juin 2026 rouvrent pendant deux mois, une seconde chance pour les exploitants qui n’avaient pas pu déposer leur demande dans les délais initiaux, accaparés par la gestion de la crise. Dans le Var, 567 demandes ont déjà été enregistrées à ce titre et 74 096 euros versés. Le guichet est en outre prolongé jusqu’à la fin du mois de décembre 2026, conformément à l’annonce du Premier ministre, et les services de l’État invitent les exploitants concernés à effectuer leurs démarches sans attendre.
Le guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés simples, lui aussi prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, est assoupli. Les exploitants pourront déposer un simple bon de commande pour enregistrer leur demande, avant de transmettre la facture acquittée nécessaire au paiement. Cette souplesse doit permettre aux services instructeurs de préparer les dossiers en amont, alors que la période de mobilisation des 107 millions d’euros de crédits européens obtenus par la France touche à sa fin.
Le volet fiscal n’est pas oublié. Des dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties pourront être accordés aux exploitants touchés par des pertes de récolte liées aux événements climatiques exceptionnels. La chambre d’agriculture et la direction départementale des territoires et de la mer expertisent actuellement les zones et cultures concernées afin d’établir les taux de pertes, sur la base desquels la direction générale des finances publiques procédera à des dégrèvements d’office, sans démarche individuelle des exploitants. La date limite de paiement de la taxe foncière est exceptionnellement reportée au 15 novembre 2026 dans les départements concernés. Lorsque le dégrèvement bénéficie à un propriétaire bailleur, il devra être répercuté au fermier. Les exploitants dont les pertes dépassent le taux retenu collectivement conserveront la possibilité de déposer une réclamation individuelle. Pour toute question sur ces dispositifs, les agriculteurs varois peuvent s’adresser au service agriculture et forêt de la DDTM à l’adresse ddtm-calamite@var.gouv.fr.
Le préfet du Var souligne que les agriculteurs du département ont été durement éprouvés par la sécheresse et la canicule et assure que l’État se tient à leurs côtés, la priorité étant que les dispositifs annoncés parviennent effectivement jusqu’aux exploitations qui en ont besoin. Pour un département où l’agriculture façonne les paysages autant que l’économie, de la vigne des coteaux aux oliveraies et au maraîchage, la rapidité de mise en œuvre de ces aides conditionnera la capacité de nombreuses fermes à repartir pour la prochaine campagne.

