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Le sentiment d’insécurité continue de progresser en France

Policiers en patrouille urbaine face au sentiment d'insécurité
Par Renaud Morelli
Publié le 3 novembre 2026 à 12h00 – Temps de lecture : 5 minutes

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a rendu public, ce jeudi 29 octobre, le rapport de la quatrième édition de son enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité. Le ministère de l’Intérieur en a relayé les principaux enseignements ce dimanche 1er novembre. L’exercice repose sur un échantillon considérable. Environ 200 000 personnes âgées de 18 ans ou plus, résidant en métropole, en Martinique, en Guadeloupe ou à La Réunion, ont répondu entre février et juillet 2025. Elles ont décrit les faits subis au cours de l’année 2024, puis livré leur ressenti au moment de l’enquête, notamment leur sentiment d’insécurité.

Ce type d’enquête de victimation complète les chiffres de la délinquance enregistrée. En effet, les statistiques des services de police et de gendarmerie ne comptent que les faits portés à leur connaissance. Or une large part des victimes ne pousse jamais la porte d’un commissariat. En interrogeant directement la population, le service statistique mesure donc une réalité plus proche du vécu des Français. Ce dispositif a pris en 2022 la suite de l’enquête Cadre de vie et sécurité, conduite de 2007 à 2021.

En 2024, quatre atteintes dépassent chacune les 2 millions de victimes. Les actes de vandalisme contre la voiture arrivent en tête, avec environ 3 millions de personnes concernées. Suivent les débits frauduleux sur un compte bancaire, près de 2,9 millions, puis les injures, environ 2,6 millions, et enfin les discriminations, un peu plus de 2 millions. Ces volumes représentent entre 3,8 % et 5,7 % de la population majeure. À l’autre bout de l’échelle, les vols de deux-roues motorisés et la corruption dans un cadre professionnel touchent chacun moins de 300 000 personnes.

Contrairement à l’édition précédente, le rapport décrit une relative stabilisation. La plupart des atteintes restent à leur niveau de 2023. Aucune ne recule pour autant. Quelques hausses ressortent nettement. Les injures progressent de 10 %, soit 245 000 victimes de plus en un an. Les débits frauduleux augmentent de 8 %, avec 221 000 personnes supplémentaires. Les vols d’objets dans ou sur la voiture gagnent 10 %, et les dégradations de véhicules 5 %. De plus, les cambriolages et leurs tentatives progressent de 5 %, tandis que les arnaques augmentent de 4 %. Les femmes portent un peu plus la hausse des injures. Les hommes expliquent en revanche l’essentiel de celle des débits frauduleux.

Certaines évolutions restent toutefois impossibles à trancher sur un an. C’est notamment le cas des violences sexuelles et des violences conjugales, dont les variations ne sont pas statistiquement significatives. Sur une période plus longue, le constat apparaît moins rassurant. Entre 2021 et 2024, les discriminations, les débits frauduleux et les injures progressent nettement. Les violences physiques hors vol augmentent elles aussi de façon régulière, pour atteindre 658 000 victimes en 2024.

Le numérique occupe une place centrale dans les fraudes. Ainsi, 70 % des escroqueries et débits frauduleux surviennent à la suite d’une démarche en ligne. Les achats sur internet sont en cause pour 40 % de ces victimes. Par ailleurs, 3,3 % des adultes déclarent avoir subi un logiciel malveillant qui a bloqué leurs appareils. Pour le harcèlement, les menaces ou les injures, la part du contexte numérique recule en revanche, de 33 % en 2021 à 29 % en 2024. Le téléphone et les SMS restent les canaux les plus cités. Dans les transports collectifs, enfin, la proportion de victimes demeure stable, autour de 0,6 % pour les vols.

Le rapport souligne aussi la faiblesse du recours à la plainte. Pour les atteintes à la personne, moins d’une victime sur cinq se rend au commissariat ou à la gendarmerie. Seules les violences physiques font exception, avec 21 % de plaintes. Le taux tombe à 4 % pour les injures, à 2 % pour les violences sexuelles sans contact et à 1 % pour les discriminations. Du côté des biens, un vol de vélo donne lieu à une plainte dans 24 % des cas, une dégradation du logement ou de la voiture dans 15 % des cas. Le service statistique a d’ailleurs amélioré sa méthode d’estimation cette année. Il a donc recalculé ces séries depuis 2021 pour les rendre comparables.

Côté ressenti, les trois indicateurs du sentiment d’insécurité progressent entre 2024 et 2025. Quelque 551 000 personnes de plus se disent en insécurité dans leur quartier ou leur village, soit une hausse de 5 %. Elles sont 208 000 de plus à ressentir ce sentiment à leur domicile, et le malaise gagne aussi les transports. La progression ralentit cependant, après 14 % entre 2022 et 2023 puis 8 % l’année suivante. Désormais, 11,5 millions d’adultes, soit 22 % d’entre eux, renoncent parfois à sortir seuls de chez eux par crainte pour leur sécurité. Ce chiffre a augmenté de 510 000 en un an. Dans le même temps, la satisfaction envers l’action des forces de sécurité reste stable.

Ces résultats dessinent une délinquance du quotidien plus diffuse que spectaculaire, faite de voitures abîmées, de comptes piratés et d’insultes rarement signalées. Pour les pouvoirs publics, l’écart entre les faits vécus et les plaintes déposées reste un défi majeur, tout comme la progression continue du sentiment d’insécurité. Les fiches thématiques détaillées et les données de l’enquête sont consultables sur le site du service statistique ministériel.