Les salariés de l’usine Fibre Excellence de Tarascon se sont rassemblés en nombre le 18 juin dernier devant l’entrée du site. Appelée par l’intersyndicale, cette mobilisation a réuni les personnels et de nombreux élus du territoire, venus dire leur inquiétude face à la menace de fermeture qui pèse sur la papèterie. Placée en liquidation judiciaire, l’entreprise joue désormais son avenir, et avec lui celui de tout un bassin d’emploi des Bouches-du-Rhône.
Le message porté ce jour-là visait avant tout l’État. Les manifestants lui ont demandé d’étudier sans exclusive toutes les options susceptibles de maintenir l’activité. Deux pistes reviennent au premier plan. La première concerne une meilleure régulation de la filière bois, dont dépend directement l’approvisionnement de l’usine. La seconde porte sur la levée des conditions suspensives liées à la mise en liquidation, un obstacle juridique qui bloque aujourd’hui toute reprise. En parallèle, la mobilisation a permis d’annoncer une nouvelle qui change la donne, la venue d’un investisseur privé prêt à reprendre l’entreprise.
Cette perspective de reprise explique en grande partie la présence des collectivités aux côtés des salariés. Sur place, Patrick de Carolis, président de la Communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette, avait à ses côtés Jérémie Becciu, maire de Boulbon et premier vice-président d’ACCM, ainsi que Fabien Bouillard, conseiller municipal de Tarascon et vice-président de l’agglomération. Lucien Limousin, vice-président du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Cyril Juglaret, conseiller régional de la Région Sud, mais aussi Michel Pécoult, maire de Graveson, et Jean-Christophe Carré, maire de Maussane-les-Alpilles, complétaient cette délégation. Tous étaient reliés en visioconférence au site jumeau de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, et à Carole Delga, présidente de la région Occitanie.
Cette organisation à distance n’a rien d’anecdotique. Elle rappelle que le dossier dépasse largement Tarascon. En effet, Fibre Excellence emploie 670 salariés répartis entre ses deux sites de production, celui de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône et celui de Saint-Gaudens en Occitanie. À ces emplois directs s’ajoutent, selon l’agglomération, près de 10 000 emplois indirects. Bûcherons, transporteurs, prestataires et sous-traitants dépendent en effet de l’activité des deux usines. La fermeture d’un tel site ferait donc vaciller toute une chaîne économique bien au-delà des grilles de l’usine.
Devant les salariés, Patrick de Carolis a insisté sur cette contradiction qu’il juge intenable. On ne peut pas, selon lui, appeler haut et fort à réindustrialiser la France et, dans le même temps, rester indifférent à la fermeture d’un site industriel. En tant qu’élu local, qu’il présente comme le représentant du dernier kilomètre de la République, le président d’ACCM a réclamé une écoute plus attentive de l’État sur l’importance stratégique de la papèterie et sur les centaines d’emplois qui en découlent.
Au-delà des mots de soutien, les collectivités ont surtout avancé des engagements financiers concrets. Les deux régions concernées, Sud et Occitanie, ont ainsi annoncé leur entrée au capital de Fibre Excellence, à hauteur respectivement de 3 et 5 millions d’euros. Pour Cyril Juglaret, vice-président d’ACCM et conseiller régional, ce choix découle directement des responsabilités de la collectivité. La Région Sud détient en effet la compétence du développement économique. Il lui revient dès lors de soutenir une industrie locale et les emplois d’un territoire déjà fragilisé.
Cette entrée au capital constitue un signal fort adressé à l’État comme au repreneur potentiel. Elle montre que les acteurs publics sont prêts à s’engager financièrement, et pas seulement à afficher leur solidarité. Concrètement, ces apports pourraient contribuer à sécuriser le tour de table nécessaire à une reprise et à rassurer sur la viabilité du projet industriel. Reste désormais à obtenir la réponse de l’État sur la levée des conditions suspensives et sur l’accompagnement de la filière bois.
Pour les habitants de Tarascon et des communes voisines, l’enjeu est très concret. La papèterie fait partie du paysage industriel local depuis des décennies. Elle irrigue le tissu économique de la Montagnette et de la vallée du Rhône, bien au-delà des seuls postes de l’usine. La mobilisation de ce mois de juin, portée conjointement par les salariés et par l’ensemble des niveaux de collectivités, traduit cette conscience partagée. L’avenir de Fibre Excellence se jouera dans les prochaines semaines, à la croisée d’une décision de l’État et de la concrétisation d’une reprise privée.
Crédit photo : Fibre Excellence

