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Logistique et crise énergétique

Par Marc Blanc
Publié le 1 avril 2026 à 11h14 – Temps de lecture : 7 minutes

Le 31 mars 2026, à l’occasion de l’ouverture du Salon international du transport et de la logistique, le ministre des Transports Philippe Tabarot et le ministre délégué chargé de l’Industrie Sébastien Martin ont conjointement présidé la cinquième édition du Comité interministériel de la logistique. Cette réunion a rassemblé les principales organisations professionnelles du secteur afin d’analyser les répercussions immédiates de l’augmentation brutale des prix des carburants, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, et de définir des orientations à moyen et long terme. À cette occasion, un document stratégique consacré à la transformation numérique de la filière a été présenté. Élaboré avec la participation de France Logistique, il témoigne d’une volonté de consolider la coopération entre les acteurs publics et privés, jugée essentielle pour préserver la solidité économique nationale.

Représentant environ 10 % de la richesse nationale et près de deux millions d’emplois, la logistique se trouve aujourd’hui confrontée à une situation particulièrement délicate. Les perturbations géopolitiques récentes ont un impact direct sur les coûts énergétiques, ce qui fragilise les chaînes d’approvisionnement. Face à ces difficultés, les pouvoirs publics ont réaffirmé leur engagement à soutenir les entreprises les plus exposées, notamment les transporteurs indépendants et les prestataires intervenant dans les zones portuaires. Des mesures temporaires, combinant allègements fiscaux et aides ciblées, ont été mises en place afin de limiter les effets immédiats de la crise tout en favorisant une transition progressive vers des solutions énergétiques alternatives. L’objectif est double : atténuer les conséquences conjoncturelles et préparer une plus grande autonomie énergétique à moyen terme grâce à l’électrification des flottes.

Les échanges ont également permis de préciser les axes majeurs du projet de loi-cadre consacré au développement des transports, dont l’examen débute au Sénat le 8 avril. Ce texte prévoit un effort financier de 50 milliards d’euros réparti sur une décennie, destiné à moderniser et entretenir les infrastructures routières, ferroviaires et fluviales. Une attention particulière est portée à l’harmonisation des zones à faibles émissions à l’échelle nationale, afin de garantir une meilleure lisibilité pour les acteurs économiques. Dans ce cadre, le recours accru au transport multimodal apparaît comme une réponse structurante aux enjeux actuels. En combinant différents modes de transport, notamment le rail, la voie fluviale et des solutions routières à faible émission, il devient possible de réduire la congestion et de limiter l’empreinte environnementale.

Sébastien Martin a par ailleurs mis en avant la nécessité de renforcer la souveraineté industrielle. Parmi les mesures envisagées figure l’instauration d’un seuil minimal de 60 % de contenu local pour les nouveaux poids lourds, ainsi qu’un soutien appuyé aux technologies développées sur le territoire national, telles que l’intelligence artificielle appliquée à la logistique ou encore l’hydrogène. Cette stratégie vise à accroître le poids économique du secteur, avec un objectif de contribution au produit intérieur brut porté à 12 % d’ici 2030. Elle s’accompagne d’une ambition en matière d’emploi, avec une projection de 2,5 millions de postes, et d’une transformation du parc de véhicules, dont la moitié devrait reposer sur des motorisations électriques ou alternatives. Cette orientation place la France dans une dynamique de leadership européen en matière de logistique durable.

Le comité a également dressé un bilan des avancées réalisées au cours des deux dernières années. Sur le plan de l’innovation et du développement économique, plusieurs initiatives ont été consolidées. La réactivation du groupe de contact dédié aux implantations logistiques a permis d’enrichir les outils réglementaires disponibles. Un guide consacré à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus logistiques, publié en mars, propose des solutions concrètes pour améliorer l’efficacité des flux tout en maîtrisant les risques associés. Le programme LogTech, lancé en avril 2025, a accompagné plusieurs jeunes entreprises dans leur passage à l’échelle industrielle. Parallèlement, les travaux d’observation sectorielle se sont étoffés, intégrant de nouvelles analyses portant notamment sur les filières chimiques et céréalières, ainsi que sur l’évolution de l’emploi.

Les progrès réalisés en matière de transition écologique ont également été mis en avant. Une synthèse consacrée aux enjeux de l’électrification des entrepôts propose désormais des recommandations pour sécuriser l’installation de bornes de recharge. De son côté, la Direction générale des Entreprises a publié un document détaillant les perspectives de déploiement des poids lourds électriques et évaluant l’efficacité des dispositifs d’accompagnement existants. Une étude comparative des différentes alternatives au diesel, incluant le gaz naturel liquéfié, le bioGNV, l’hydrogène et l’électricité, permet d’éclairer les décisions des professionnels en tenant compte des contraintes environnementales, technologiques et stratégiques.

L’ancrage territorial constitue un autre axe de développement important. Un rapport consacré à la logistique urbaine durable formule plusieurs recommandations visant à améliorer la gouvernance locale et la gestion du foncier. Des initiatives expérimentales, notamment une cartographie réalisée par l’IGN dans certains départements, permettent d’identifier des surfaces disponibles sans recourir à l’artificialisation des sols. Par ailleurs, un recensement des projets locaux exemplaires est mis à disposition des élus, afin de faciliter la mise en œuvre de politiques adaptées. L’Atlas des entrepôts, actualisé en novembre 2025, met en évidence une augmentation du parc logistique, désormais estimé à 93 millions de mètres carrés.

L’ensemble de ces travaux contribue à structurer une filière en pleine transformation. La digitalisation repose sur des principes de souveraineté des données, d’interopérabilité des systèmes et d’inclusion de l’ensemble des acteurs. La normalisation joue également un rôle stratégique, la France occupant une position clé dans les instances européennes chargées de définir les standards futurs, dans un contexte de concurrence internationale accrue.

Face à la hausse des prix des carburants, des mesures immédiates ont été déployées, notamment des réductions de fiscalité pour plusieurs dizaines de milliers de transporteurs, ainsi que des aides au fret ferroviaire et au report modal. Les investissements engagés dans le cadre de France 2030 témoignent d’une accélération de la transition énergétique, avec des financements significatifs dédiés au développement de véhicules électriques et à l’hydrogène. Le Salon international du transport et de la logistique a illustré cette dynamique, réunissant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs et donnant lieu à la signature de contrats portant sur un millier de véhicules à faible émission.

Au terme de ce comité, les pouvoirs publics et les représentants du secteur ont réaffirmé leur volonté de travailler conjointement pour faire face aux défis actuels. La stratégie définie repose sur trois piliers : la gestion des crises, la réduction de l’empreinte carbone et le renforcement de l’équilibre territorial. Cette orientation traduit l’ambition de bâtir une logistique à la fois performante, durable et technologiquement avancée, capable de soutenir une économie plus autonome et résiliente.