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Panthéon : l’historien qui prit les armes

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 7 novembre 2026 à 08h58 – Temps de lecture : 4 minutes

La semaine du 11 novembre, Paris se recueille devant ses morts. Au Panthéon, sous la grande coupole qui domine la montagne Sainte-Geneviève, dans le 5e arrondissement, une silhouette résonne cette année avec une force singulière : celle de Marc Bloch. Entré au monument le 23 juin dernier aux côtés de son épouse Simonne, l’historien y est désormais honoré par une exposition, « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire », installée dans la crypte depuis la fin juin et visible jusqu’au 10 janvier 2027. De quoi traverser toute la semaine de l’Armistice, et rappeler qu’un même homme put être, tour à tour, soldat des tranchées et martyr de la Résistance. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : pour la première fois, le Panthéon accueille un historien de métier, qui fut aussi un grand résistant.
L’homme est né à Lyon en 1886. Reçu à l’École normale supérieure en 1904, agrégé d’histoire-géographie en 1908, il voit sa jeunesse studieuse rattrapée par la Grande Guerre. Mobilisé de 1914 à 1918, il devient officier de renseignement à partir de 1916 et termine le conflit capitaine, quatre fois cité. Cette expérience du feu, il ne cessera plus de l’interroger. L’exposition, dont le commissariat est confié à Yann Potin, suit un fil chronologique en trois temps, prolongé d’un épilogue : les origines et la formation, le combattant, puis l’historien. Une façon de montrer comment, sa vie durant, Bloch s’efforça de faire coïncider ses paroles et ses actes, jusqu’à payer de sa personne.
La deuxième section, « Le combattant », prend un relief particulier en cette semaine de mémoire. Elle revient sur son expérience des deux guerres mondiales, sur sa réflexion devant les sociétés plongées dans le conflit, puis sur son engagement clandestin. En 1940, meurtri par la débâcle, il rédige « L’Étrange Défaite », analyse implacable de l’effondrement français. Père de six enfants, juif écarté de l’université par les lois antisémites de Vichy, il aurait pu se tenir à l’écart ; il choisit le combat. En 1943, il rejoint le mouvement Franc-Tireur. Arrêté par la Gestapo le 8 mars 1944, torturé à la prison de Montluc, il est assassiné le 16 juin suivant à Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain. Son épouse Simonne s’éteint quelques jours plus tard, le 2 juillet. Documents militaires, témoignages et écrits personnels jalonnent ce parcours tragique.
Mais Marc Bloch fut d’abord un savant qui bouleversa sa discipline. L’exposition retrace cette œuvre maîtresse : la thèse soutenue en 1920, « Les Rois thaumaturges » en 1924, les « Caractères originaux de l’histoire rurale française » en 1931, et surtout la fondation, en 1929, des « Annales d’histoire économique et sociale », avec Lucien Febvre – une revue qui allait renouveler l’écriture de l’Histoire. Enseignant d’abord à Strasbourg, Bloch y forma des générations d’étudiants. Photographies, objets, livres et documents, prêtés notamment par les Archives nationales et par les descendants de l’historien, donnent chair au propos. On y croise un portrait de l’enfant à 9 ans, en 1895, le jeune homme en uniforme en 1914, ses fiançailles en 1919, un carnet de poésie ou son bureau strasbourgeois. L’épilogue, enfin, s’attache à la postérité de cette œuvre après la guerre, à ses traductions à l’étranger et aux multiples relectures dont la figure de Bloch a fait l’objet, dans les débats savants comme dans l’espace public.
Accessible à tous, l’exposition est comprise dans le billet d’entrée du monument, ouvert en cette saison de 10h à 17h. La semaine de l’Armistice réserve d’ailleurs un rendez-vous supplémentaire : ce mercredi 11 novembre, de 15h à 16 h 30, une visite commentée intitulée « Les femmes au Panthéon » invite à parcourir la nécropole au fil des destins féminins qui y reposent.