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Vingt-cinq ans de Paris-Marseille en trois heures et un nouveau TGV

Train à grande vitesse lancé sur les voies ferrées
Par Jonathan Caron
Publié le 3 novembre 2026 à 10h05 – Temps de lecture : 5 minutes

Ce vendredi 6 novembre 2026, le nouveau TGV INOUI doit accueillir ses premiers voyageurs commerciaux entre Paris et Marseille. La Région Sud a choisi ce moment pour revenir sur un quart de siècle de grande vitesse en Méditerranée, une aventure technique et humaine qui a rapproché la cité phocéenne de la capitale et transformé durablement la géographie des Bouches-du-Rhône.

Tout commence le dimanche 10 juin 2001, avec la mise en service commerciale de la Ligne à Grande Vitesse Méditerranée. Ce jour-là, Marseille se retrouve à trois heures de Paris, contre plus de quatre heures auparavant. La nouvelle infrastructure prolonge le réseau à grande vitesse sur 250 kilomètres, entre la Drôme et les portes de Marseille. Derrière ce gain de temps se cache un chantier hors norme, lancé au milieu des années 1990 et qui a mobilisé des milliers d’ouvriers pendant plusieurs années, avec à la clé plusieurs ouvrages d’art spectaculaires.

Le plus emblématique d’entre eux se trouve dans les Bouches-du-Rhône, à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence. Le viaduc de Ventabren, long de 1 733 mètres, devait franchir l’autoroute A8 sans mettre en danger les automobilistes qui circulaient en dessous. Les ingénieurs ont donc construit deux parties du tablier parallèlement à l’autoroute, avant de les faire pivoter jusqu’à leur position définitive. Chacune de ces pièces pesait 3 600 tonnes, et une rotation de cette ampleur constituait alors une première mondiale.

L’ouvrage n’a d’ailleurs pas attendu le passage de son premier train pour devenir célèbre. Durant l’été 1997, alors qu’il était encore en construction, le viaduc a servi de décor à la course-poursuite finale du film Taxi, réalisé par Gérard Pirès et sorti en 1998. À l’écran, le chantier ferroviaire se faisait passer pour une autoroute inachevée. Avant de voir filer des rames lancées vers Marseille, le futur viaduc faisait donc déjà courir les voitures du cinéma marseillais.

La grande vitesse a aussi fait naître de nouvelles portes d’entrée sur le territoire. À Avignon, sur la presqu’île de Courtine, la gare a été dessinée pour composer avec le climat provençal, avec une façade transparente qui protège du mistral au nord et une géométrie pensée pour réfléchir la chaleur venue du sud. Imaginée comme une gare jardin, elle s’entoure de platanes, de cyprès, d’amandiers et de pins parasols. Plus au sud, la gare d’Aix-en-Provence TGV, conçue par l’agence AREP autour des architectes Jean-Marie Duthilleul et Étienne Tricaud, s’est installée sur le plateau de l’Arbois. Les deux gares ont ouvert le même jour que la ligne, le 10 juin 2001, et sont depuis devenues des équipements structurants pour tout l’ouest des Bouches-du-Rhône et le Vaucluse.

Quelques années plus tard, le Sud s’est invité jusqu’à l’intérieur des rames. En 2005, le couturier Christian Lacroix, né à Arles, a dévoilé les nouveaux aménagements intérieurs des TGV, imaginés avec MBD Design et Compin. Face à d’autres propositions, parmi lesquelles celles de Kenzo et de Recaro, le créateur arlésien avait remporté le marché de rénovation lancé par la SNCF. Il a rompu avec l’ambiance ferroviaire classique en mêlant prune et orange en seconde classe, gris et vert pomme en première, avec un éclairage adouci, des porte-bagages repensés et davantage d’intimité pour les voyageurs. Après que le train a rapproché la Provence de la capitale, un enfant du pays a ainsi contribué à transformer l’expérience du voyage.

Un quart de siècle après l’ouverture de la ligne, une cinquième génération de trains s’apprête à prendre le relais, et c’est précisément sur l’axe Paris-Marseille qu’elle fera ses débuts. Le nouveau TGV INOUI, longtemps désigné sous le nom de TGV M, a été conçu par Alstom avec SNCF Voyageurs, dans le cadre d’un projet lancé en 2016. Recyclable à 97 %, plus modulable et plus capacitaire, il pourra transporter jusqu’à 740 voyageurs dans sa configuration maximale. La SNCF annonce également davantage de place pour les bagages et une consommation d’énergie réduite de 20 % par rapport à la génération précédente, un argument de poids à l’heure où le rail s’impose comme l’une des réponses les plus crédibles à la décarbonation des déplacements longue distance.

Cette histoire s’inscrit dans celle, plus longue, du TGV français. Le 26 février 1981, la rame d’essai numéro 16 avait établi un record à 380 km/h, avant l’inauguration de la première ligne par le président François Mitterrand le 22 septembre de la même année et l’ouverture du service commercial Paris-Lyon, en deux heures quarante, le 27 septembre. Vingt ans plus tard, la Méditerranée rejoignait à son tour ce réseau. Pour prolonger ce voyage dans le temps, la Région Sud met en avant des images d’archives de juin 2001 issues de Sudorama, la fresque audiovisuelle réalisée par l’INA avec son soutien, qui rassemble plus de 500 documents sur l’histoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis les années 1940, à retrouver sur le site de la fresque.

Pour les habitants des Bouches-du-Rhône, ces vingt-cinq ans ont changé bien plus qu’un horaire. Ils ont rapproché Marseille, Aix-en-Provence et Arles des grands centres de décision et de l’emploi, ouvert le département à de nouveaux visiteurs et fait des gares TGV des pôles d’activité à part entière. L’arrivée de la nouvelle génération de rames, à partir de ce vendredi 6 novembre, prolonge cette dynamique avec un matériel plus sobre et plus accueillant, sur la ligne même qui a lancé la grande vitesse en Provence.