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Le Bombyx disparate défolie les forêts du massif des Maures

forêt de chênes méditerranéens, habitat du Bombyx disparate
Par VAR
Publié le 16 juin 2026 à 09h34 – Temps de lecture : 4 minutes

En ce mois de juin 2026, les promeneurs du massif des Maures découvrent un spectacle aussi impressionnant qu’inhabituel. Des pans entiers de forêt apparaissent dénudés, comme frappés par un hiver précoce au cœur de l’été, tandis que d’innombrables chenilles couvrent les troncs et le sol. La préfecture du Var, qui a communiqué sur le phénomène ce lundi 15 juin, identifie clairement la cause de cette transformation soudaine du paysage. Il s’agit d’une pullulation du Bombyx disparate, un papillon dont le nom scientifique est Lymantria dispar, dont les chenilles se nourrissent avec voracité du feuillage des arbres au début de la belle saison.

Ce papillon nocturne appartient à la faune ordinaire des forêts méditerranéennes et tempérées. Sa présence dans les Maures n’a rien d’exceptionnel, mais sa population connaît périodiquement des phases d’explosion démographique que les spécialistes nomment pullulations. Pendant ces épisodes, les femelles pondent en masse et les chenilles éclosent au printemps en quantité telle qu’elles parviennent à dévorer une part considérable des feuilles disponibles. Les chênes, qui dominent largement la couverture forestière du massif, figurent parmi leurs essences de prédilection, ce qui explique l’ampleur visuelle du phénomène cette année.

La défoliation provoquée par ces chenilles, aussi brutale soit-elle à l’œil, demeure un événement que la forêt sait encaisser. La préfecture insiste sur ce point pour rassurer les habitants et les usagers du massif. La perte du feuillage affaiblit temporairement les arbres et les contraint à puiser dans leurs réserves, mais elle ne provoque pas à elle seule la mort des sujets touchés. Un arbre sain dispose de la capacité de produire une seconde pousse de feuilles dans les semaines qui suivent, une fois le cycle des chenilles achevé. Les forêts du massif retrouveront donc progressivement leur silhouette estivale habituelle au fil de l’été, à mesure que les insectes termineront leur développement et cesseront de se nourrir.

Une inquiétude légitime traverse souvent l’esprit des promeneurs varois lorsqu’ils croisent une telle profusion de chenilles, tant le souvenir des chenilles processionnaires reste vif dans la région. La préfecture lève cette crainte sans ambiguïté. Les chenilles du Bombyx disparate ne possèdent pas de poils urticants comparables à ceux de la processionnaire du pin, et elles ne présentent aucun danger pour la santé humaine ni pour les animaux domestiques. Les familles, les randonneurs et les propriétaires de chiens ou de chevaux peuvent ainsi continuer de fréquenter les sentiers sans redouter les réactions cutanées ou respiratoires associées à d’autres espèces. Cette distinction importe d’autant plus que la confusion entre les deux insectes est fréquente dans le grand public.

Le suivi de ces populations relève d’une surveillance organisée à l’échelle de l’État. Le Département de la santé des forêts, à travers son pôle Sud-Est, observe attentivement l’évolution de la situation lors des phases d’augmentation des effectifs. Cette structure rattachée au ministère chargé de l’agriculture joue un rôle de vigie sanitaire pour les milieux forestiers, en repérant les ravageurs, les maladies et les dépérissements qui peuvent menacer les peuplements. Sa connaissance fine du terrain permet de distinguer un épisode passager d’une véritable menace durable, et d’adapter en conséquence la réponse des pouvoirs publics.

Face à ce type de pullulation, l’intervention humaine reste volontairement mesurée. Il n’existe pas de traitement phytosanitaire applicable à grande échelle qui soit adapté au milieu forestier pour cet organisme, et une pulvérisation massive causerait davantage de tort à l’écosystème qu’elle n’apporterait de bénéfices. La nature dispose en réalité de ses propres mécanismes de régulation. Les oiseaux, les insectes prédateurs et les parasites s’attaquent aux chenilles, tandis que des virus endémiques propres à l’espèce déciment les populations lorsqu’elles deviennent trop denses. L’épisode de 2026 a vocation à se résorber de lui-même par le jeu de ces équilibres écologiques, sans qu’une action lourde soit nécessaire.

Pour accompagner les habitants dans la compréhension de ce phénomène, les services de l’État mettent à disposition une plaquette d’information téléchargeable, complétée par des ressources détaillées sur le site de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette pédagogie traduit une volonté de rappeler que la forêt varoise, loin d’être en danger, traverse simplement l’une de ces respirations naturelles qui rythment la vie d’un massif méditerranéen depuis des siècles.