En cette fin de juillet 2026, la Dares et France Travail viennent de publier leur photographie du marché du travail au terme du deuxième trimestre. En moyenne sur les mois d’avril à juin, en France hors Mayotte, le nombre de demandeurs d’emploi tenus de rechercher un poste s’établit à 5 801 500 personnes pour les catégories A, B et C. Parmi elles, 3 323 000 se trouvent totalement sans emploi, au sein de la catégorie A, tandis que 2 478 600 exercent une activité réduite dans les catégories B et C.
Sur le trimestre, le nombre d’inscrits des catégories A, B et C progresse de 1,3 %, soit 73 500 personnes supplémentaires, et de 3,2 % sur un an. La seule catégorie A, celle des demandeurs d’emploi privés de toute activité, croît de 0,8 %, soit 27 900 inscrits de plus, et de 3,1 % en glissement annuel. Ces données sont corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables, un traitement qui neutralise les rythmes habituels du calendrier et rend les trimestres comparables entre eux.
Le regard porte aussi sur un ensemble plus large. Les personnes inscrites qui ne sont ni en attente d’orientation ni engagées dans un parcours social, réunies dans les catégories A à E, atteignent 6 532 400 en moyenne sur le trimestre. Ce total augmente de 1,1 % sur trois mois et de 2,6 % sur un an. À côté de ces catégories figurent désormais deux groupes apparus en janvier 2025. Le premier, la catégorie F, rassemble 540 600 personnes engagées dans un parcours à dominante sociale, les plus éloignées de l’emploi. Le second, la catégorie G, compte 447 700 personnes en attente d’une orientation par le réseau pour l’emploi.
Ces nouveaux compartiments statistiques tiennent à une réforme d’ampleur. Depuis janvier 2025, la loi pour le plein emploi impose l’inscription automatique à France Travail de publics qui en restaient jusque-là à l’écart. Les bénéficiaires du revenu de solidarité active, les jeunes suivis par les missions locales et les personnes en situation de handicap accompagnées par Cap emploi rejoignent ainsi les fichiers de l’opérateur public. Concrètement, cette montée en charge grossit le nombre d’inscrits sans qu’une dégradation de l’emploi en soit nécessairement la cause.
Pour ne pas confondre l’effet de la réforme et la réalité conjoncturelle, la Dares et France Travail publient des séries complémentaires qui écartent ces nouveaux publics. Sur ce champ plus stable, la catégorie A apparaît quasiment inchangée ce trimestre, avec un léger recul de 0,1 %, et progresse de 1,3 % sur un an. En corrigeant en outre les changements de règles d’actualisation et les effets du décret sur les sanctions, l’évolution trimestrielle de cette même catégorie A aurait été négative, de l’ordre de 0,2 %, soit environ 5 000 inscrits en moins, après un repli plus net de 2,4 % au premier trimestre.
Le même exercice appliqué aux catégories A, B et C dessine une tendance plus favorable que les chiffres bruts. Sur ce champ corrigé, ces catégories auraient augmenté de 0,4 % sur le trimestre, soit près de 20 000 inscrits, après un recul de 1,3 % en début d’année. Surtout, sur un an, entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026, le nombre de demandeurs d’emploi reculerait de 1,6 % pour la catégorie A et de 0,9 % pour l’ensemble des catégories A, B et C. Autrement dit, une fois neutralisée l’arrivée des nouveaux publics, la demande d’emploi se replie sur douze mois.
Cette double lecture appelle à la prudence. Le décret relatif aux sanctions en cas de manquement des inscrits à leurs obligations, tout comme les modifications des règles d’actualisation, pèse sur les statistiques et brouille leur interprétation immédiate. C’est pourquoi les deux institutions assortissent chaque publication d’avertissements méthodologiques et mettent à disposition le détail de ces évolutions statistiques. Le lecteur dispose ainsi des clés pour distinguer un mouvement de fond d’un simple effet de périmètre.
Derrière ces variations de quelques dixièmes de point se cachent des situations très concrètes, du retour à une activité réduite à l’entrée dans un parcours d’accompagnement. Pour des millions de demandeurs d’emploi, chaque inflexion du nombre d’inscrits pèse sur le quotidien et sur les perspectives. La prochaine photographie du marché du travail interviendra le mercredi 28 octobre 2026, avec les données du troisième trimestre. Elle dira si la relative stabilité observée, une fois la réforme neutralisée, se confirme, à l’heure où le plein emploi demeure au cœur des politiques publiques.

