En ce début d’octobre 2026, Arles s’apprête une nouvelle fois à brouiller les frontières entre l’art, la science et le jeu. Du samedi 10 octobre au dimanche 8 novembre, le festival Octobre numérique, sous-titré Faire monde, investit chapelles, musées et tiers-lieux de la cité camarguaise pour une édition consacrée à la création d’avant-garde dans l’univers du jeu vidéo. Fidèle à sa ligne depuis ses premières éditions, la manifestation arlésienne mêle expositions, tables rondes, ateliers et expériences sensibles, avec une ambition affichée, celle de faire du jeu un outil de réflexion sur notre rapport au vivant et aux machines.
Le programme d’Octobre numérique s’ouvre dès le vendredi 9 octobre avec les vernissages des expositions, avant une ouverture au public le lendemain. Pendant un mois, les tables rondes s’adressent aux étudiants et aux scientifiques, tout en restant ouvertes au grand public. Le Museon Arlaten accueille pour sa part un atelier destiné aux 10-15 ans, une manière d’initier les plus jeunes à la pratique créative du numérique plutôt qu’à sa simple consommation. Le festival propose aussi des expériences inédites, à l’image de l’ornithoscope installé dans les jardins du tiers-lieu La Verrerie, à Trinquetaille.
Imaginé par Sébastien Thon, cet instrument s’inspire des longues-vues des naturalistes. Il s’agit d’une lunette d’observation en réalité augmentée qui transforme les chants des oiseaux du jardin en formes, en couleurs et en traces lumineuses. L’écoute devient regard et le paysage se mue en partition vivante. L’ornithoscope sera accessible gratuitement les 18, 21 et 28 octobre, puis les 4 et 8 novembre, à la Maison publique de quartier de Trinquetaille, place Léopold Moulias.
Les expositions occupent, comme à chaque édition d’Octobre numérique, une place centrale dans la programmation. À la chapelle des Trinitaires, au 32 rue de la République, Anima Ludens explore le Japon et les imaginaires du jeu vidéo artistique. Les organisateurs et les artistes japonais ont choisi Arles pour rencontrer le public européen et défendre une thèse singulière, selon laquelle le jeu n’est pas le propre de l’homme mais concerne aussi les animaux et les systèmes non humains. L’exposition s’appuie sur la pensée de l’historien Johan Huizinga, qui proposait dès 1938 de considérer l’humain comme un Homo ludens, un être qui joue, et non seulement comme un Homo sapiens. Produite avec des partenaires japonais et soutenue par le Japan Creator Support Fund, elle réunit une quinzaine d’artistes et de collectifs, dont Kenji Yanobe, dont le vaisseau spatial de SHIP’S CAT sert de visuel à cette édition. L’accès est libre, du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Au Museon Arlaten, dans la salle du Consistoire, l’artiste arlésien Guillaume Pascale présente en première Melencolia 110010100. L’installation réinterprète la célèbre gravure Melencolia I d’Albrecht Dürer, datée de 1514, où un ange abattu se tient entouré d’instruments scientifiques. Cinq siècles plus tard, un astronaute contemple le reflet d’un train de satellites, tandis que trois monolithes d’acier et deux mosaïques codées en binaire interrogent la vanité d’outils toujours plus performants face à un univers impossible à mesurer. L’œuvre se visite gratuitement les samedis et dimanches de 9h30 à 18h, le ticket d’entrée étant à retirer face à la chapelle des Trinitaires.
La galerie de la Librairie du Palais, au 10 rue du Plan de la Cour, accueille enfin Le langage des phalènes de Mathilde Reynaud, un jeu vidéo expérimental présenté en partenariat avec la biennale Chroniques des imaginaires numériques. L’œuvre part d’un épisode fondateur de l’histoire de l’informatique, le premier bug documenté, provoqué en 1947 par un papillon de nuit coincé dans le calculateur Mark II, une machine à laquelle la pionnière Grace Hopper avait contribué. Le joueur marche à travers un paysage verdoyant jusqu’à la fatigue, avant que le jeu ne glisse vers le rêve et les souvenirs. Le vernissage est prévu le vendredi 9 octobre à 17h30 et la galerie ouvre ensuite le lundi après-midi et du mardi au samedi.
Avec cette édition, Octobre numérique confirme la place singulière qu’occupe Arles dans le paysage culturel des Bouches-du-Rhône. Ville de photographie et de patrimoine antique, la cité s’affirme aussi comme un laboratoire des arts numériques, capable d’attirer des créateurs venus du Japon comme des artistes du territoire. Le programme complet de la manifestation est consultable sur le site du festival. Pendant un mois, habitants du pays d’Arles et visiteurs sont invités à pousser la porte des chapelles et des galeries pour y découvrir, manette en main ou l’œil collé à une lunette, d’autres façons de faire monde.

